[Vidéo] M*****e du président haïtien : le procureur limogé après avoir réclamé l’inculpation d’Ariel Henry

230
FILE PHOTO: Haiti's President Jovenel Moise and first lady Martine attend a ceremony at a memorial for the tenth anniversary of the January 12, 2010 earthquake, in Titanyen, Haiti, January 12, 2020. REUTERS/Andres Martinez Casares/File Photo

Le chef du parquet de Port-au-Prince a demandé mardi au juge enquêtant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse d’inculper le Premier ministre Ariel Henry, soupçonné de s’être entretenu avec l’un des principaux suspects. Peu après, Ariel Henry a limogé le procureur.

L’enquête sur l’assassinat en juillet du président haïtien a de nouveau tourné à la confusion, exposant au grand jour les luttes intestines à la tête du pays le plus pauvre des Amériques.

Le chef du parquet de Port-au-Prince a demandé, mardi 14 septembre, au juge enquêtant sur l’assassinat du président Jovenel Moïse d’inculper le Premier ministre Ariel Henry, en raison d’appels téléphoniques qu’il aurait eus avec l’un des principaux suspects du m*****e.

En réponse, Ariel Henry a limogé le procureur Bed-Ford Claude. « J’ai l’avantage de vous informer qu’il a été décidé de mettre fin à votre fonction » pour une « faute administrative grave », écrit le Premier ministre dans une lettre rendue publique. Dans une autre lettre, il nomme Frantz Louis Juste à ce poste.

La constitution haïtienne de 1987 stipule que le procureur ne peut être nommé ou licencié que par le président.

Bed-Ford Claude, le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, équivalent du procureur, avait par ailleurs demandé qu’Ariel Henry soit interdit de quitter le territoire haïtien « en raison de la gravité des faits exposés ». Le président Moïse a été abattu le 7 juillet par un commando armé à son domicile de Port-au-Prince.

« Présomptions graves d’assassinat »

Dans une lettre adressée au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Bed-Ford Claude assure qu’il « existe suffisamment d’éléments compromettants qui forment sa conviction sur l’opportunité de poursuivre Monsieur Henry et de demander son inculpation pure et simple ».

Dans un second courrier, envoyé au directeur de l’administration migratoire, le commissaire du gouvernement justifie l’interdiction demandée de sortie du territoire à l’encontre d’Ariel Henry « pour des présomptions graves d’assassinat sur le président de la République ».

Vendredi soir, Bed-Ford Claude avait déjà invité le chef du gouvernement à se présenter mardi au parquet, affirmant qu’Ariel Henry avait eu, quelques heures après le m*****e de Jovenel Moïse, des conversations téléphoniques avec l’une des personnes activement recherchées dans le cadre de l’enquête.

Ancien cadre de l’unité de lutte contre la corruption, dépendante du ministère de la Justice, Joseph Félix Badio aurait été géolocalisé dans le quartier où se situe la résidence privée de Jovenel Moïse lors des appels passés à Ariel Henry à 4 h 03 puis 4 h 20 la nuit de l’attentat.

Le procureur avait en outre signalé que le Premier ministre pouvait refuser de se présenter à l’invitation au parquet, compte tenu « des restrictions dues à [son] statut de haut fonctionnaire ».

Pour auditionner un ministre, les autorités judiciaires doivent normalement obtenir l’autorisation du président. Une procédure aujourd’hui impossible, car depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, Haïti n’a plus de président.

Diversion

Samedi, le Premier ministre avait dénoncé la démarche du procureur, la qualifiant de diversion.

« Les manœuvres de diversion pour semer la confusion et empêcher la justice de faire sereinement son travail ne passeront pas », avait réagi Ariel Henry.

« Les vrais coupables, les auteurs intellectuels et les commanditaires de l’assassinat odieux du président Jovenel Moïse seront trouvés, traduits en justice et punis pour leur forfait », a-t-il ajouté.

Quarante-quatre personnes, dont 18 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, ont déjà été arrêtées dans le cadre de l’enquête sur le m*****e de Jovenel Moïse, commis à son domicile sans qu’aucun policier de sa sécurité rapprochée ne soit blessé.