[Vidéo] Des prêtres vaudous « purifient » un avion au Togo : Ce qu’il s’est passé à l’aéroport de Lomé

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Depuis le 20 juin circulent des photos montrant des prêtres vaudous « purifier » un avion de la compagnie Ethiopian Airlines à l’aéroport de Lomé, au Togo. Ces images, qui ont recueilli des commentaires amusés, sont authentiques : ces féticheurs ont été conviés par les responsables de l’aéroport suite à un orage afin de rassurer ceux qui y voyaient la manifestation de divinités en colère.

Au moins six prêtres vaudous se sont rendus, le 20 juin dernier vers midi, à l’aéroport Gnassingbe Eyadema de Lomé pour effectuer une cérémonie d’exorcisme sur un appareil vide de la compagnie Ethiopian Airlines. Selon le colonel Dokissime Gnama Latta, responsable de l’aéroport interrogé par la Télévision Togolaise (TVT, média d’État), ces prêtres ont demandé à assurer cette cérémonie suite à un épisode orageux. La foudre a frappé l’appareil, blessant légèrement un technicien. »Les prêtres vaudous ont leurs traditions. Ils nous ont dit que dans des cas comme ça, il faut venir faire une petite cérémonie pour exorciser l’endroit pour que ça ne se répète plus. […] Imaginez-vous que je dise non ?! Qu’est-ce qu’ils vont dire ? Que j’ai déjà dit non et quand la foudre va retomber, ça sera [ma] responsabilité ».

« Les prêtres vaudous ont leurs traditions. Ils nous ont dit que dans des cas comme ça, il faut venir faire une petite cérémonie pour exorciser l’endroit pour que ça ne se répète plus.  […] Imaginez-vous que je dise non ?! Qu’est-ce qu’ils vont dire ? Que j’ai déjà dit non et quand la foudre va retomber, ça sera [ma] responsabilité ».

Des internautes ont affirmé que c’est la compagnie Ethiopian Airlines qui a fait appel à ces prêtres. L’entreprise, contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, dément toute implication dans cette cérémonie.

Capture d'écran d'une publication Facebook.
Capture d’écran d’une publication Facebook.  © Facebook

« Alors que notre appareil était en réparation après avoir été touché par un éclair, nous avons appris par la suite que des leaders religieux locaux se sont rendus dans l’avion sans que nous en ayons connaissance. Nous ne les avons pas contactés et ils ne nous ont pas contactés non plus. Ils s’y sont rendus sans notre consentement. »

Dans son interview à la télévision d’État togolaise, le colonel Dokissime Gnama Latta a précisé :

« Heureusement qu’on a des paratonnerres qui ont pris toute la décharge et c’est le résiduel qui est parti toucher l’avant-gauche de l’appareil. Je suis parti voir et je vous assure que sans [les paratonnerres] ça allait être grave. […] Un homme qui n’était pas loin de là, près du link télescopique pour entrer dans les avions, a été touché légèrement. Je me suis enquis de sa santé et ça va, […] il a eu un problème sur son bras gauche mais il n’a pas d’inquiétude ».

Mais selon l’universitaire Dodji Amouzouvi, spécialiste du culte vaudou et titulaire de la chaire d’anthropologie religieuse à l’université d’Abomey-Calavi au Bénin, l’inclusion des rites locaux a permis de rassurer une grande partie de la population.

Le culte pratiqué au Togo est le même que celui que l’on trouve au Bénin – Lomé et Cotonou sont à une heure de route l’une de l’autre et nos frontières sont très poreuses.

Dans ce cas précis, les prêtres ont voulu apaiser le Dieu Héviosso, divinité liée à la foudre et au feu et dieu justicier qui foudroie quand le mal est fait. Selon les croyances locales, si la foudre s’abat quelque part, c’est la colère de ce Dieu qui s’abat pour sanctionner une faute, qu’il faut donc réparer. Il faut calmer la colère de ce Dieu et c’est pour cela qu’on fait appel aux prêtres, aussi pour que la foudre ne s’abatte plus et que d’autres avions ne soient pas endommagés.

La croyance au culte vaudou est largement partagée parmi les Béninois et les Togolais, qui dans leur écrasante majorité vont être rassurés par cette cérémonie. Ils sont convaincus qu’avec elle, la dette est payée, le mauvais sort, conjuré. On voit donc ici se profiler aussi la logique marketing : il faut rassurer les clients, qui peuvent redouter que l’avion ait un accident si ce rite n’est pas suivi, ainsi que le personnel de l’aéroport. Quand on sait qu’on a calmé le Dieu, ça rassure tout le monde et, au fond, qui va s’en plaindre ?

Il n’y a là, à mon sens, pas de différence avec les bénédictions que peuvent effectuer des prêtres catholiques sur des avions.