Vaccin coronavirus (Covid-19) : les essais cliniques ont démarré

A quand un vaccin contre le Covid-19 ? Trois projets de vaccins, l’un développé par le laboratoire Astra Zeneca en Grande-Bretagne, le second par CanSino Biologics en Chine et le troisième par la société Johnson & Johnson, aux Etats-Unis, ont produit des réponses immunitaires lors de leurs essais cliniques.

Pour faire face à la diffusion du Covid-19, les états ont mis en place des stratégies différentes, basées sur les mesures de confinement, les gestes barrière et le dépistage plus ou moins massif de la population. Côté traitements, plusieurs travaux de recherche sont menés, basés sur les antiviraux et d’autres molécules déjà utilisés dans d’autres pathologies (VIH, Ebola, paludisme…). De nouveaux médicaments sont à l’étude, spécifiques au virus, notamment pour moduler le système immunitaire.
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Mais, la vaccination reste la meilleure arme pour nous défendre collectivement face au virus. Son objectif est double : empêcher que les personnes ne tombent malades et contenir la circulation du virus. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 100 candidats-vaccins sont actuellement à l’étude à travers le monde.
Quand le vaccin Covid-19 sera-t-il disponible ?

Selon l’OMS, cela pourrait prendre jusqu’à 12 ou 18 mois. Un délai confirmé par Etienne Simon-Lorière, virologue à l’Institut Pasteur. « Cela peut sembler très long dans le contexte de l’urgence de l’épidémie, mais ce serait en fait un véritable tour de force. Le développement d’un vaccin, en général, prend plutôt 10 à 15 ans ! », a-t-il expliqué à nos confrères de Science et Vie. En Europe, le géant français Sanofi a noué un partenariat avec son homologue britannique GSK « afin de faire un vaccin qui pourrait être disponible au premier semestre 2021 ».

La probabilité d’avoir en 2021 un vaccin « efficace » à 100% contre le coronavirus est peu élevée, a toutefois estimé dimanche 12 juillet l’épidémiologiste Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique. « Un vaccin, c’est plusieurs années de développement, il y a bien sûr un effort sans précédent pour développer ce vaccin mais je serais très surpris si on avait en 2021 un vaccin qui soit efficace », a-t-il affirmé sur BFMTV.

« On aura probablement un vaccin qui marchera de manière partielle », a-t-il ajouté, avant d’insister : « la fin de l’épidémie » est encore « très loin ». En conséquence, « il faut qu’on apprenne à vivre avec ce virus, on ne peut pas se permettre un reconfinement… donc prenons les choses au sérieux », a-t-il souligné.
Quels sont les principes des vaccins testés contre le Covid-19 ?

Parmi les pistes les plus avancées, on peut distinguer 3 approches vacccinales :

L’inactivation du virus. Il s’agit d’une technique ancienne. Le principe ? On cultive le virus, on l’inactive puis on l’injecte sous une forme inoffensive pour que le corps apprenne à le reconnaître et à s’en défendre. Le plus crucial est de s’assurer que le vaccin est sécurisé et sans risque, cela implique de vérifier que le virus n’a pas survécu, ce qui serait biens sûr contre-productif. Trois candidats relativement avancés sont testés en Chine (laboratoires Sinopharm et Sinovac).

Le virus vecteur inoffensif. Le principe ? On injecte un virus inoffensif, un adénovirus modifié pour transporter le matériel génétique nécessaire pour la synthèse des protéines présentes à la surface du coronavirus (il s’agit plus précisément des protéines S qui codent pour les pics que l’on distingue à la surface des SRAS-CoV-2). Ainsi, la personne vaccinée apprend à son système immunitaire à reconnaître cette protéine de surface et à la combattre. Cette technique de virus-cargo est aussi étudiée dans le cadre des recherches d’un vaccin contre Ebola. Ce type de vaccin est à l’étude à l’Université d’Oxford en Grande-Bretagne. Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh (aux États-Unis) et du centre médical Érasme de Rotterdam (aux Pays-Bas) ont par ailleurs publié les premiers résultats chez la souris.

Les vaccins à ARN. Le principe ? Injecter directement (sans transporteur cette fois) les ingrédients -des brins de code génétique- nécessaires pour la fabrication des protéines S. L’idée est in fine la même : apprendre à reconnaître ces protéines, pour pouvoir déclencher une réponse immunitaire chez les personnes vaccinées. Le laboratoire le plus avancé est celui de la biotech américaine Moderna Therapeutics, basée à Cambridge (Massachusetts). Grâce à un gros financement, les tests de phase 3 débutent le 27 juillet.

Les vaccins à ADN. Ici, on injecte un brin d’ADN et non d’ARN. L’avantage ? Il est moins fragile et la production de protéines S est de meilleure qualité (plus durable). Techniquement, l’injection d’ADN est néanmoins plus compliquée. Aux Etats-Unis, la biotech Inovio Pharmaceutials est dans la course grâce à une technique qui consiste à déclencher des chocs électriques pour faciliter l’injection des brins d’ADN.

L’injection d’ADN, comme celle d’ARN, est avantageuse car elles ont déjà fait la preuve de leur inocuité. Ces techniques permettent ainsi de gagner du temps dans l’élaboration du vaccin.
Quelles sont les pistes de vaccin anti-Covid les plus prometteuses ?

Une dizaine de laboratoires sont dans la course pour mettre au point un vaccin contre le coronavirus, en Chine, aux Etats-Unis, en France, en Allemagne notamment. Plusieurs stratégies vaccinales sont explorées, mais selon Etienne Simon-Lorière, « les approches qui ont déjà réussi chez l’homme restent les plus prometteuses. » Il complète que pour l’instant, « ce sont des vaccins dit à « ARN messager » ou « à ADN » qui font la course en tête. » Cette méthode consiste à injecter un fragment du code génétique du virus pour générer une réponse immunitaire. « En quelques semaines, les Américains de la biotech Moderna ont commencé des essais de tolérance chez l’homme. Du jamais vu », poursuit encore le virologue dans une interview à sciencesetvie.com.

Ce 30 juillet, la société Johnson & Johnson a annoncé que son principal candidat vaccin protégeait contre l’infection par le SARS-CoV-2, dans les études précliniques. Les données, publiées dans la revue Nature, montrent que le vaccin expérimental de la société, basé sur un vecteur adénovirus de sérotype 26 (Ad26), « a induit une réponse immunitaire robuste, comme le démontrent les « anticorps neutralisants ». Ceux-ci ont réussi à prévenir une infection ultérieure et à apporter une protection complète ou presque complète contre le virus dans les poumons chez les primates lors de cette étude préclinique ». Sur la base de ces données, un premier essai clinique de phase 1/2a du candidat vaccin, Ad26.COV2.S, chez des volontaires sains, a commencé aux États-Unis et en Belgique.

Le 29 juillet, la biotech Moderna (en partenariat avec les Instituts nationaux de santé) annonce que le vaccin a déclenché une réponse immunitaire « robuste » et empêché la réplication du virus dans les poumons et les nez des singes. L’essai clinique de phase 3 a débuté le 27 juillet sur 30 000 personnes aux Etats-Unis : la moitié d’entre elles recevront une dose de 100 microgrammes, les autres un placebo. Objectif de l’essai : déterminer si le vaccin est sûr et prévient l’infection par le SARS-CoV-2. Mais aussi, si une personne est malgré tout infectée, de savoir si le vaccin peut prévenir la progression vers des symptômes. L’étude devrait durer jusqu’au 27 octobre. Si la formule retenue pour les essais se révélait efficace, Moderna a prévu de pouvoir produire 500 millions de doses par an, et « possiblement jusqu’à 1 milliard ».

L’Allemagne, la France, l’Italie et le Pays-Bas ont signé un accord avec le laboratoire anglais AstraZeneca pour garantir la fourniture à l’Union européenne de 400 millions de doses d’un futur vaccin contre le Covid-19, a annoncé samedi 13 juin Olivier Véran. Ce vaccin porte le nom de ChAdOx1 nCoV-19 (ou AZD 122). Ce vaccin britannique a présenté des résultats encourageants, générant « une forte réponse immunitaire » lors de leurs essais cliniques, apprend-on ce 20 juillet dans The Lancet. Un essai en cours impliquant 1077 adultes âgés de 18 à 55 ans en bonne santé, a montré que le vaccin était toléré et « générait de fortes réponses immunitaires des anticorps et des cellules T » jusqu’au 56e jour, ont écrit les chercheurs dans la revue médicale. Une dose unique d’AZD-1222 a entraîné une multiplication par quatre des anticorps dirigés contre la protéine de pointe du virus SARS-CoV-2 chez 95% des participants un mois après l’injection. Un résultat prometteur, mais des essais complémentaires sont nécessaires pour confirmer ces résultats chez les patients plus âgés, chez ceux qui souffrent de comorbidités et dans des populations ethniquement et géographiquement diverses. Il s’agit d’un vaccin à ARN (voir plus bas). Ici, les chercheurs ont utilisé un virus de chimpanzé, avant de l’inactiver pour modifier son code génétique dans le but de produire une protéine « S » capable de déclencher une réponse immunitaire en présence du virus SRAS-CoV-2.

Un autre projet de vaccin développé par CanSino Biologics en Chine a également généré une forte réaction en terme d’anticorps dans un essai clinique impliquant 500 participants.

La course pour trouver un traitement au Covid-19 avance aussi au Brésil. Le pays lance ce 21 juillet des essais cliniques de phase 3 avec le vaccin-candidat chinois Coronavac, a annoncé le laboratoire Sinovac Biotech.
Vaccin contre le coronavirus où en est la France ?

A l'Institut Pasteur, la piste du vaccin contre la rougeole modifié. Alors que moins de 5% des Français ont été infectés par le Covid-19, selon les dernières estimations de l'Institut Pasteur, l'immunité collective est insuffisante. Seul un vaccin pourrait donc permettre de stopper la circulation du virus. L'Institut Pasteur est engagé sur trois projets de vaccins anti-Covid-19, dont le plus avancé, basé sur un vaccin de la rougeole modifié, devrait donner des premiers résultats en octobre, annonce ce 13 mai à l'AFP, la coordinatrice des programmes vaccins, Christiane Gerke. Ce vaccin rougeole modifié est pour l’instant en test sur l’animal. Il s'agit d'un vaccin connu, très efficace et sans effets secondaires. Les travaux menés consistent à modifier son génome pour qu’il produise une protéine de coronavirus.
L'Institut Pasteur travaille également sur la piste des lentivirus, des virus de la famille du VIH, atténués, pour qu’ils puissent eux aussi exprimer des protéines du coronavirus, et aboutir à un vaccin.
3 candidats-vaccins testés à l'Inserm. De son côté, l'Inserm a reçu le soutien du ministère de la Recherche pour 3 de ses projets. Le premier est porté par le Vaccine Research Institute (VRI) travaille à caractériser la réponse immunitaire chez les malades positifs au Covid-19 pour développer un candidat vaccin dans lequel les antigènes du SARS-CoV-2 seraient présentés par des anticorps monoclonaux à certaines cellules clés du système immunitaire (les cellules dendritiques). Le VRI a déjà développé plusieurs candidats vaccins sur la base de cette stratégie, notamment contre le VIH (pour lequel des essais cliniques démarreront en 2020). Le second projet de recherche vaccinale, mené par le chercheur Inserm Camille Locht s'appuie sur le vaccin contre la coqueluche (bien documenté) comme vecteur intégrant les séquences antigéniques du SARS-CoV-2. Ici l'idée est de s'appuyer sur des données scientifiques déjà évaluées et sures. Le troisième projet est plus innovant : porté par le chercheur Inserm Patrice Marche et Fabrice Navarro, il implique des nanoparticules très stables et bien tolérées par l’organisme pour encapsuler et transporter des antigènes du virus afin de susciter une forte réponse immunitaire. Ayant déjà utilisé cette technique dans le cadre de la recherche vaccinale contre le VIH, l’équipe devrait rapidement être en mesure de développer ce nouveau candidat vaccin, à grand échelle, ce qui constitue un avantage de taille pour permettre à la recherche de gagner en efficacité et en rapidité.

Quel calendrier est envisagé pour le vaccin de la rougeole modifié ? "Les feux verts sont attendus pour juillet", affirme l'Institut Pasteur. Les essais cliniques devraient donc démarrer immédiatement après. "Les premiers résultats de la phase 1 sont attendus pour la fin d'octobre. La phase 2 ou phase 2/3 est prévue pour début décembre." Ce qui ne signifie pas que le vaccin sera immédiatement disponible. Rappelons que les essais de phase 2/3 visent principalement à confirmer l'efficacité et la sécurité du vaccin chez l'homme. Selon ces résultats, "un classement pour utilisation en urgence par l'OMS" pourrait être demandé afin d'accélérer l'utilisation de ce candidat vaccin. Mais, il faut aussi tenir compte du temps de fabrication à large échelle pour préparer rapidement des centaines de millions de doses.

Existe-t-il un vaccin pour se protéger du coronavirus ?

La réponse est NON. A l’heure actuelle, il n’existe pas de vaccin contre le coronavirus COVID-19. De nombreux laboratoires sont dans la course mais la vaccin ne devrait pas être disponible avant plusieurs mois. Rappelons par ailleurs, qu’il n’y pas non plus à ce jour de traitement validé contre le coronavirus. Plusieurs sont en cours d’évaluation en France, en lien avec l’OMS.
Les vaccins contre la pneumonie protègent-ils contre le nouveau coronavirus ?

Non. Ce n’est pas parce que le coronavirus peut sévèrement atteindre les poumons, que les personnes vaccinées contre la pneumonie sont davantage protégées. L’OMS répond à cette question sur sa page dédiée aux « fakenews » : « les vaccins contre la pneumonie tels que le vaccin antipneumococcique et le vaccin anti-Haemophilus influenza type B (Hib) ne confèrent pas de protection contre le nouveau coronavirus. » Retenez encore que le virus SRAS-CoV-2 est si nouveau et différent qu’il nécessite un vaccin qui lui est propre.
Pourquoi est-ce aussi long de faire un vaccin ?

Le génome du virus SARS-CoV-2 a été séquencé en entier (et en un temps raccord) par l’Institut Pasteur et partagé avec la communauté scientifique mondiale. Mais depuis fin janvier, aucune équipe de scientifiques n’a réussi à mettre au point un vaccin. Cela est complètement normal. Il y a en effet plusieurs étapes dans l’élaboration d’un vaccin, ainsi que l’explique l’OMS dans une fiche pédagoqique réalisée au moment de l’épidémie H1N1. De nombreuse étapes (identification du virus, préparation de la souche vaccinale, préparation des réactifs pour tester le vaccin, fabrication du vaccin, contrôles qualité…) qui demandent du temps !

Etape 1 : identification du virus et préparation de la souche vaccinale
Etape 2 : le virus est activé, atténué ou modifié génétiquement
Etape 3 : études cliniques en 3 phases afin d'évaluer les effets indésirables et la bonne tolérance
Etape 4 : fabrication et autorisations de distribution

Comment rendre les vaccins accessibles à tous ?

Une fois la formule validée, tout l’enjeu consiste à produire le vaccin en quantité suffisante afin de pouvoir garantir un approvisionnement mondial. « Il n’y a pas de précédent dans l’histoire de l’industrie pharmaceutique de ce type de besoin, à la fois en termes d’urgence et de quantités à produire », observe Etienne Simon-Lorière. « On parle de milliards de personnes, c’est un énorme défi », soulignait David Loew, vice-président exécutif de Sanofi et responsable de Sanofi Pasteur, au cours d’une visioconférence organisée par la Fédération internationale des fabricants pharmaceutiques (IFPMA) le 19 mars. « Nous ferons en sorte, même s’il est produit ailleurs dans le monde, que le vaccin soit accessible à tous ceux qui en ont besoin partout dans le monde », avait assuré de son côté Paul Stoffels, vice-président du comité exécutif de Johnson & Johnson, avant d’ajouter : « C’est une promesse que l’industrie [pharmaceutique] fait ensemble ».

Afin de lever les obstacles à la production et au transport, les patrons des grands labos ont appelé les Etats à « classer l’industrie pharmaceutique parmi les secteurs essentiels » de l’activité de leurs pays, en permettant notamment à leurs employés de se rendre dans les usines.

Mark Suzman, le directeur général de la Fondation Bill et Melinda Gates a annoncé mi-avril accroître son soutien de 100 à 250 millions de dollars pour ce vaccin.

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