Urgences en crise : 100 000 lits ont été supprimés en 20 ans

De plus en plus de passages, et de moins en moins de lits. Les chiffres publiés aujourd’hui par le service statistique des ministères sociaux illustrent la crise des urgences françaises, toujours plus fréquentées mais dont les moyens sont réduits.

C’est un triste record qu’ont battu les urgences en 2017. Selon les chiffres de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) révélés ce mercredi 3 juillet, le nombre de lits a drastiquement baissé, passant pour la première fois sous le seuil des 400 000 places. La fréquentation, au contraire, a continué d’augmenter pour atteindre les 21,4 millions de passages. Soit une hausse de 2,1 % par rapport à 2016.

En pleine crise des urgences, ce rapport « Panorama des établissements de santé » vient appuyer la situation dénoncée depuis plusieurs mois par les personnels des urgences. Ils multiplient en effet les grèves et actions, pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.

Manque de lits pour hospitaliser les patients.

Plus précisément, les 3 046 établissements de santé publics et privés disposaient de 399 865 lits en 2017. En vingt ans, ce n’est pas moins d’un sur cinq – soit 100 000 places – qui a été supprimé. La baisse a en partie été compensée par la création des « places d’hospitalisation partielle » en 2017. Ont été débloquées 800 couchettes sans nuitée, portant le total à près de 75 500.

Mais cette perte dans la capacité d’accueil reste dénoncée par les soignants. Car si les admissions complètes se sont tassées, avec 119,3 millions de journées (- 0,8 %), les hospitalisations partielles ont elles augmenté, en atteignant les 16,8 millions de journées (+ 2 %).

Sur les 713 services français, le flux des patients s’est réparti entre 637 hôpitaux et cliniques en 2017, soit 4 de moins que l’année précédente. La moyenne des passages a augmenté de 29 000 à 30 100 prises en charge par an, avec un écart stable entre hôpitaux publics (33 100) et cliniques privées (22 800).

Témoignage de l’urgence

Cette « situation dramatique », le député du Nord (59) Alain Bruneel l’a récemment constatée de ses propres yeux. L’élu de 67 ans a passé six heures incognito dans le service des urgences de l’hôpital de Douai, pour rendre compte du manque de moyens humains et matériels dénoncé par les urgentistes. Il s’y est rendu dans la soirée du 28 juin dernier pour maux de ventre. Après avoir été examiné par deux infirmières, il a attendu en zone de « semi-lourds », où « les brancards s’entassent en file indienne », a-t-il expliqué à France infos. Il en a compté sept à son arrivé, quatorze au moment de sa prise en charge.

Il en est finalement ressorti six heures plus tard. « C’est long six heures d’attente, extrêmement long quand on souffre ! À 3h du matin, 50 nouvelles personnes étaient arrivées à l’accueil des urgences, sans compter le service des urgences pédiatriques », a-t-il raconté. Les soignants sont pourtant « toujours en mouvement, n’arrêtent jamais », a-t-il ajouté, avant de conclure : « Désormais, je mets des images claires sur la souffrance du personnel. Et quand le personnel souffre, les patients souffrent aussi ». Le soir de son passage, seuls deux médecins urgentistes et un intérimaire étaient présents pour prendre en charge les patients de l’ensemble des urgences.

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