Syrie : les forces turques progressent dans le nord du pays, suscitant …

L’offensive d’Ankara contre une milice kurde dans le nord-est de la Syrie a provoqué jeudi la fuite de milliers de civils face à l’avancée des forces turques et suscite un tollé international.

Les forces turques ont poursuivi jeudi 10 octobre leur offensive sur les territoires syriens tenus par les miliciens kurdes, poussant la population à fuir par milliers.

La Turquie, membre de l’Otan, veut créer une « zone de sécurité » dans la région frontalière pour en écarter les miliciens kurdes et y transférer plusieurs millions de Syriens réfugiés sur son territoire, mais les grandes puissances craignent que l’opération ne relance le conflit.

Selon Mevlüt Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères, les forces turques n’ont pas l’intention de s’enfoncer au-delà de 30 kilomètres dans le territoire syrien.

Les grandes puissances ont répété jeudi leur préoccupation devant le risque de voir cette opération permettre aux jihadistes faits prisonniers par les rebelles kurdes de s’évader et de reprendre leur guérilla ou même de regagner leurs pays d’origine, pour les étrangers.

L’offensive a débuté moins de trois jours après la décision de Donald Trump de redéployer une partie du millier de militaires américains présents à la frontière turco-syrienne.

« Trois choix s’offrent à nous : envoyer des milliers de troupes et l’emporter militairement, frapper durement la Turquie financièrement et avec des sanctions, ou faire la médiation entre la Turquie et les Kurdes », a écrit Donald Trump sur Twitter jeudi.

« J’espère que nous pourrons faire une médiation », a-t-il déclaré plus tard devant des journalistes.

Des villes vidées de leur population

Les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont joué un rôle décisif dans les combats contre l’État islamique. Ils retiennent des milliers de jihadistes et des dizaines de milliers de leurs proches qui sont en détention.

Le ministère turc de la Défense a fait état de 228 morts parmi les miliciens kurdes depuis le début de l’offensive. Selon l’OSDH, 23 membres des FDS et six combattants pro-turcs ont péri.

Les rebelles des FDS, mouvement dominé par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont indiqué pour leur part que les frappes turques ont fait neuf morts parmi les civils.

La Turquie a annoncé vendredi qu’un premier soldat issu de ses rangs avait été tué.

Selon l’International Rescue Committee, 64 000 personnes ont fui depuis le lancement de l’opération et Ras al Aïn et Darbasia sont désormais vidées de leur population.

Selon l’OSDH, les forces turques ont pris deux villages près de Ras al Aïn et cinq près de la ville de Tell Abyad.

La Turquie pourrait faire face à certaines « conséquences » selon l’ONU

Ankara considère les YPG comme une organisation terroriste en raison de leurs liens avec les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a menacé de laisser les 3,6 millions de Syriens réfugiés dans son pays partir vers l’Union européenne si ses États membres considèrent la présence de l’armée turque en Syrie comme une occupation. Les « 28 » ayant réclamé la veille l’arrêt de l’offensive.

Une prison de Kamichli où sont détenus de nombreux membres de l’EI d’une soixantaine de nationalités a notamment été touchée par des bombardements turcs, ont fait savoir les FDS.

« Ces attaques de prisons abritant des terroristes de Daech conduiront à une catastrophe dont le monde pourrait ne pas être en mesure de gérer les conséquences à l’avenir », écrivent-elles dans un communiqué.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni dans la journée à la demande de ses membres européens (Grande-Bretagne, France, Allemagne, Belgique et Pologne). À l’issue de cette réunion, l’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies a déclaré que la Turquie pourrait faire face à certaines « conséquences » si elle ne se conformait pas à son engagement de protéger les populations vulnérables et à contenir les djihadistes de l’EI.