Sur les plages de Djerba, la Méditerranée rejette les corps des migrants

Au sud-est de la Tunisie, les naufrages d’embarcations en provenance de Libye rejettent sur les plages les corps de ceux qui voulaient gagner l’Europe.

Sur la plage d’Aghir de l’île de Djerba, au sud de la Tunisie, il y a plus de cadavres que de baigneurs en ce début de mois. Lundi 1er juillet, un canot a coulé au large. Une embarcation partie à l’aube de la ville libyenne de Zouara, à 120 kilomètres à l’ouest de Tripoli, avec quatre-vingt-six personnes à bord. Trois ont été repêchées vivantes. La mer rend les autres, une à une.

« Moi, j’en peux plus. Là, c’est trop. » Chemsseddine Marzoug, le pêcheur qui depuis des années offre une dernière demeure aux corps que la mer rejette, dit son ras-le-bol. « J’ai enterré près de 400 cadavres et, là, des dizaines vont encore arriver dans les jours qui viennent. Ce n’est plus possible, c’est inhumain et nous ne pouvons pas gérer ça tout seuls », se désespère le gardien du cimetière des migrants de Zarzis, au sud-est de la Tunisie.

La mer est calme en ce début d’été. Cela pourrait être un beau début de saison pour les habitués qui ont dressé tentes et parasols. Mais, dans l’air, il y a comme une tension. Une embarcation arrive par la mer, une ambulance de la protection civile par la terre. « Va faire un tour avec ton enfant et reviens plus tard », demande sèchement un garde national à une rare baigneuse dans l’eau avec son enfant. Sur le bateau, plusieurs gardes maritimes portent des masques.

« Trouver un camion frigorifique »

Dans le canot qu’ils traînent, une forme humaine se devine sous une bâche verte. Rapidement, elle est glissée dans un sac mortuaire et déposée sur le sable. Premier d’un alignement macabre de sept corps repêchés dans la matinée de samedi, auxquels ont été ajoutés sept autres dans l’après-midi. Et c’est sans compter tous ceux qui ont dérivé vers la plage de Ben Guerdane, plus au sud. « Cette fois, c’est difficile à gérer car le naufrage n’a fait presque aucun survivant. Donc nous avons des arrivées massives de cadavres », raconte Mongi Slim, président du comité régional du Croissant-Rouge à Zarzis et Médenine, pourtant rompu à ces drames.

Ce docteur en pharmacie, qui aide la protection civile, connaît par cœur la procédure. D’abord, il faut déposer les corps à la morgue puis les transporter à Gabès, à plus de deux heures de route où se trouve le médecin légiste le plus proche. Là, des prélèvements ADN sont faits. C’est le seul moyen d’identifier les corps. « L’urgence, aujourd’hui, c’est de trouver un camion frigorifique pour transporter les quinze corps repêchés. D’habitude, nous n’en avons pas autant, donc c’est plus fluide », raconte-t-il, en habitué des morts de la mer. Entre les appels du gouverneur et ceux de la protection civile, son téléphone sonne sans arrêt. C’est à Chemssedine Marzoug et à lui qu’on s’adresse à chaque naufrage.