Sénégal-Gambiele jour où Yaya Jammeh refusa de livrer Ino à Abdou Diouf

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Sénégal-Gambie : le jour où Yaya Jammeh refusa de livrer Ino à Abdou Diouf
La gendarmerie était sur le point de mettre fin à la cavale des personnes les plus recherchées du pays à l’époque. Le Président gambien fera échouer la mission en posant son veto. Flashback.

 Un jour de février 1999, Abatalib Samb alias Ino, Boy Nar et Pape Ndiaye s’échappent de la p****n de Rebeuss. Ils ont assommé un garde, pris son arme et son uniforme avant de tenir en respect toutes les personnes qui se trouvaient sur leur chemin vers la liberté. 

Le Sénégal est sous le choc. Les évadés traînent une sacrée réputation. Ils forment, avec Alex et le Sierra-Léonais Abdou Konteh, «l’homme à la Kalachnikov», le gang le plus redouté du pays, auteur de plusieurs attaques à main armée et meurtres.

La bande s’est reconstituée après l’évasion. Les plus hautes autorités s’arrachent les cheveux. Elles veulent les mis en cause morts ou vivants.

La chasse à l’homme

Au cours d’un Conseil de défense, au Palais, le chef de l’Etat fait bourdonner les oreilles des patrons des Forces de défense et de sécurité. «Le Président Abdou Diouf a donné des instructions fermes à la police et la gendarmerie pour mettre fin à leurs activités. Sinon, il allait prendre des mesures», rembobine le major gendarme en retraite Aliou Kandji, interrogé par le journal Le Quotidien, qui est largement revenu, dans son édition d’hier, samedi, sur l’évasion de la bande à Ino.

La chasse à l’homme est lancée. Policiers et gendarmes sont mobilisés. A l’époque, Major Kandji dirigeait une cellule d’investigations nichée à l’Etat-major de la gendarmerie nationale. Parti aux trousses des redoutables malfaiteurs, il disposait de véhicules, de 2000 litres de carburant et de deux millions de francs CFA.

Après d’intenses recherches et des filatures, la bande est repérée à Banjul, en Gambie. Ils fréquentaient, selon major Kandji, «de riches et puissants dealers qui s’appelaient Thioukel et El Ticko».

La gendarmerie met en place son dispositif pour arrêter Ino et Cie. Le quartier où ils se terraient est bouclé. L’assaut est imminent. Mais le Président gambien, Yaya Jammeh, pose son véto. Il craignait, dit-on, des troubles. Major Kandji et ses hommes remballent leurs affaires. Dakar est informé du refus de Banjul de leurs permettre d’arrêter les membres du gang.

La consolation Pape Ndiaye

Grosse consolation pour les enquêteurs : major Kandji, qui s’est présenté à lui comme un «humanitaire sénégalais», réussit à recueillir de Pape Ndiaye «toutes les bonnes informations, sur tout». Ce dernier était hospitalisé dans une structure sanitaire gambienne pour avoir pris une balle à la suite d’une dispute avec des policiers gambiens «pour une affaire de femmes». Celui qui était à l’époque le benjamin du gang sera extradé au Sénégal. 

Le temps passe, Ino et sa bande commettent l’imprudence de remettre les pieds sur le sol sénégalais. Un soir, ils frappent à la Cité des enseignants et à Grand-Yoff avant de se retirer chez leur receleur à Yarakh. Un gendarme infiltré alerte la brigade de la localité, qui se déploie sur zone. Pas de chance, les malfaiteurs réussissent à filer.

La chasse à l’homme continue. Ino et Cie, de leur côté, poursuivent leur razzia. Ils attaquent par surprise un gendarme à Popenguine et lui prennent son arme. Dans une autre localité, il vole le L200 flambant neuf d’un sous-préfet. 

Le chauffeur ligoté et jeté en brousse sera retrouvé par les gendarmes. Il confie qu’un receleur de nationalité mauritanienne attendait le gang au niveau de la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie pour acheter la voiture volée.

Fin de cavale

L’alerte est donnée à la légion Nord de la gendarmerie, qui couvre notamment Dagana, Richard-Toll et Rosse Béthio. Ino et sa bande captent le message d’alerte, rebroussent chemin et s’engouffrent dans le Diéry. Ils seront épinglés vers Ross Sénégal au bout de 48 heures de recherches. Ils ont été surpris autour d’une grillade de viande chèvre par des éléments du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).

Au cours de leurs périples, les redoutables caïds ont tué une domestique et jeté son corps dans une fosse septique. «Ils étaient dangereux et violents. Avec leurs coupe-coupe, ils pouvaient ravager toute une ville», souligne major Aliou Kandji.

Arrêtés et présentés en grande pompe au public sénégalais, les membres du gang sanguinaire réussiront une nouvelle fois à s’évader. Leur cavale ne durera pas cette fois-ci longtemps. Ino et Abdou Konteh mourront avant d’être jugés.

Ils étaient hospitalisés au Pavillon spécial de l’hôpital Aristide Le Dantec. Le premier pour une insuffisance rénale et le second, pour des problèmes cardiaques. 

Alex et Pape Ndiaye, eux, bénéficieront en 2021 d’une grâce présidentielle après plus de 20 ans de p****n.