Raréfaction des ressources, concurrence des bateaux de pêche étrangers : Dans l’enfer des pêcheurs de Cayar

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L’heure est grave pour les acteurs de la pêche à Cayar. A l’image de nombreuses autres localités du pays, la pêche ne nourrit plus ses acteurs nombreux à se recycler dans d’autres secteurs pour assurer leur survie. Le prétexte est saisi par Seneweb qui a fait un tour au quai de pêche de cette localité du département de Thiès pour mesurer l’ampleur de la gravité de cette situation.
Des kilomètres dans l’océan et des bateaux qui rentrent bredouilles
Ici, nombreux sont les pêcheurs qui débarquent avec des pirogues quasiment vides. Pourtant, certains passent des heures voire des jours dans la mer à la recherche de poissons. A les en croire, le poisson se fait de plus en plus rare au large de nos côtes. Pour s’en procurer, il faut faire des kilomètres dans les océans.
Aux abords de la mer, nous avons retrouvé une femme. Les coudes suspendus sur une pirogue qui vient à peine d’accoster. Dans la barque à moteur, une petite quantité de poissons. Cette fille de pêcheur se rappelle les moments où la grande bleue était poissonneuse.
« Du temps de nos parents, à pareille heure, la plage était remplie de monde. Nos papas revenaient avec beaucoup de poissons. Mais surtout de qualité. Il y avait toutes sortes de poissons. C’était la belle vie. Même les poissons les plus enviés étaient accessibles aux modestes consommateurs. Vous voyez que nos frères pêcheurs viennent de débarquer. vous voyez, ils n’ont rien amené, c’est parce qu’il n’y a rien dans la mer. L’Etat à tout bazardé », se désole notre interlocutrice.
Après une nuit en mer, Modou et ses camarades ont peiné à remplir un cachot. 
C’est à treize heures passées de quelques minutes que le capitaine de la pirogue et ses amis viennent de pointer le nez. Visages pâles, les yeux rougis par le manque de sommeil, l’équipe est visiblement fatiguée. Dans leur pirogue, une petite quantité de poissons qui ne peut même pas combler les dépenses en carburant. « Nous avions embarqué depuis hier à 2 h du matin, nous venons d’arriver à 13 h. Mais comme vous le constatez, nous n’arrivons même pas à avoir une caisse de poissons. C’est compliqué. A l’époque nous ne faisions que quelques kilomètres pour pouvoir avoir beaucoup de poissons, maintenant il  nous faut faire 50 km et ce n’est pas évident de rentrer la pirogue remplie, narre Modou.
Les bateaux étrangers aux bancs de accusés
C’est toujours la même rengaine. Les grands navires étrangers ravissent la vedette aux pêcheurs sénégalais. Le constat est fait par les acteurs. Selon eux, il est fréquent de croiser ces bateaux communément appelés « sakhaar » (trains) en milieu lébou.
« Nous n’avons que nos pirogues, raison pour laquelle nous ne pouvons pas amener beaucoup de poissons. Imaginez les étrangers avec leurs grands bateaux, ils ont la possibilité d’avoir beaucoup de poissons contrairement à nous. Tous les poissons de qualité sont péchés par les bateaux venus d’ailleurs.  C’est la faute et l’impuissance de nos autorités qui ne sont intéressés que par  l’argent. Cette situation a fini par installer le chômage chez beaucoup d’acteurs qui se tournent aujourd’hui les pousses» explique Modou et ses amis. En  somme, le secteur de la pêche au Sénégal, pris entre le manteau des navires étrangers et la raréfaction des ressources, est aujourd’hui plus que jamais à l’agonie. Une réglementation dans ce secteur pourrait permettre aux locaux de satisfaire la demande nationale et surtout de préserver des ressources pour les générations figures. Et c’est tout l’enjeu des accords de pêche qui ont fini d’impacter négativement ce secteur clé de l’économie sénégalaise.