Profil – Mor Fadam : Il était une fois Sa Ndiambour…

Pieux, généreux, mais surtout trop doux pour être un lutteur. Mor Fadam a été un grand champion de l’arène sénégalaise. Et pourtant, il y a vécu comme un intrus.

Il aura hélas, perdu son ultime combat, face à la grande faucheuse, après une vie bien remplie. Mor Fadam a quitté ce bas monde ce mardi, des suites d’une attaque cardiaque, après avoir fait ses ablutions. Dans le monde de la lutte où les rapports entres adversaires sont souvent très tendus, l’homme affiche toujours une certaine sérénité. Il ne hausse jamais la voix, même dans les situations les plus agitée. Dans l’arène comme dans la vie courante, Mor Fadam a toujours montré le même visage. L’ancien champion des années 80 est parti comme il a vécu. 

Manga II, président des anciennes gloires de la lutte témoigne : ‘’C’est un homme exceptionnel, un lutteur gentil, très doux. On ne pouvait même ne pas le qualifier de lutteur tellement il était non-agressif’’. Son fils Ndongo Wade ajoute : ‘’Je peux dire qu’il est venu par hasard dans la lutte pour subvenir à ses besoins, mais ce n’est pas un homme de ce milieu.’’

Ancien lutteur, Birahim Ndiaye ne dit pas autre chose. ‘’Je luis disais toujours qu’il a la physique et la technique d’un lutteur, mais il n’en est pas un. Parce qu’il n’a pas les attitudes d’un lutteur. C’est un homme d’une bonneté extra ordinaire’’. Même dans sa maison, au sein de sa famille, l’homme se faisait discret. «On pouvait rester toute la journée dans la maison sans savoir qu’il est là, parce qu’il ne parlait presque pas.  Il n’avait pas l’habitude de regarder les gens en face’’, renchérit son fils Ndongo Wade.

De son vrai nom Mor Wade, l’enfant du Ndiambour est né à Fadam, une localité située dans la région de Louga, commune de Koky. Il démarre sa carrière en 1974 dans la lutte traditionnelle. Le jeune se fait une réputation de futur champion dans les villages environnants à travers des ‘’Mbappats’’ (lutte sans frappe) à Sagata, Thiamène, Thilmakha et Pékéss Niakhène avant de venir à Dakar en 1976. Dans un premier temps, il est surnommé Sa Ndiambour. Il prendra plus tard le sur nom de Mor Fadam en référence à son village natal.

Un homme pieux

Mor Fadam est aussi décrit comme une personne pieuse. ‘’La prière et le respect des ainées sont les principaux conseils qu’il nous donnait’’, soutient Ndongo Wade. Ce dernier affirme que son père insistait beaucoup à la prière pour que la famille s’acquitte du deuxième pilier de l’Islam.  «C’est un croyant, parce qu’à chaque fois, en réunion, et dans toutes les circonstances, il était avec son chapelet », renchérit Manga II.

Derrière ce mastodonte de près de 2 mètres et d’une centaine de Kg se cache un père de famille d’un grand cœur. ‘’C’était quelqu’un de généreux. Si vous venez à la maison, je peux vous compter presque dix personnes qui viennent du village. Il ne s’occupe même pas de leur origine, il les considère comme ses propres fils’’, lance Ndongo Wade.

Après 29 ans de carrière, il raccroche en 2002 après son combat contre Tyson qui a suscité beaucoup de polémique. En effet, en 2001, le verdict de son premier combat contre le chef de file BoulFalé qui foudroyait tout sur passage avait suscité beaucoup de controverses. Mais leur deuxième confrontation lui vaut un Ko qui l’envoie à la retraite.

Mor Fadam quitte l’arène, mais pas la lutte. Avec Maguette Diouf, frère de l’ancien  Président Abdou Diouf, il crée l’écurie Ndiambour. Une école de lutte qui a vu naitre beaucoup de champions comme Sa Cadior 2, Gouy Gui entre autres jeunes. Cela ne lui a pas mis pour autant à l’abri du besoin. En effet, l’ancienne gloire se déplaçait à l’aide des moyens de transport en commun. Il essayait également tant bien que mal à subvenir au besoin de sa famille.

Champion en Judo

Même s’il n’était pas réputé bon bagarreur, sa technique en lutte pure était incontestable. Il l’a démontré en remportant en 1991 le drapeau du chef de l’Etat. Il a aussi été champion d’Afrique en 1992 et médaillé d’or pour le Sénégal. Mor Fadam était aussi un champion en Judo. Il a remporté plusieurs trophées dans cette discipline notamment celui de l’assemblée nationale et l’Ambassadeur du Japon.

Avec son décès, l’école de lutte Mor Fadam, perd son fondateur, père pour certains, personne morale, modèle et référence pour d’autres.