Pr. Ibou Sané : «Pourquoi on doit surseoir à ce statut de chef de l’opposition… »

Pour le professeur Ibou Sané, enseignant-chercheur en sociologie politique, le statut de l’opposition doit revenir au Parti démocratie sénégalais (Pds) qui est plus représentatif à l’Assemblée nationale.Dans cet entretien avec Seneweb, le politologue, qui fait croire que cette question est source de conflits et de tension, suggère sa suspension en attendant la tenue d’une autre élection législative.

Quelle lecture faites-vous de la polémique autour du statut du chef de l’opposition?
C’est une question qui a été inscrite dans la nouvelle constitution, mais je pense qu’il y a un problème lié aux critères de choix de la personne qui devra occuper ce poste.
D’aucuns pensent qu’il faudra regarder du côté de l’Assemblée nationale, que le parti le plus représentatif là-bas, soit en mesure de diriger l’opposition.
D’autres par contre pensent qu’il faut se baser sur les résultats issus de la dernière élection présidentielle.
A mon avis, le chef de l’opposition doit être l’émanation de l’Assemblée nationale. Or, si on regarde bien les données des dernières Législatives, il semble que c’est le Pds qui est mieux placé. Malheureusement, certains sont en train de théoriser, de mettre l’accent sur une autre opportunité qui consisterait à se focaliser sur la présidentielle. Et en ce moment-là, c’est Idrissa Seck qui serait en tête.
Mais, en réalité, puisque le suffrage est populaire, les meilleurs représentants du peuple sont les députés. Et c’est là-bas justement le lieu le plus indiqué. Non seulement ils sont les représentants du peuple, mais aussi c’est la souveraineté populaire. Mais si on regarde sur une élection présidentielle, on peut avoir un accident de parcours : Quelqu’un peut venir et coiffer tout le monde au poteau alors que politiquement, il n’a pas une bonne représentation, il n’a pas un encrage politique solide.
Selon vous, ce poste doit revenir au Pds. Mais, qui doit l’incarner justement?
C’est ça le problème. Parce que le Pds est complètement émietté. Si Me Madické Niang était encore au Pds, il pourrait avoir cette légitimité. Mais, aujourd’hui, qui choisir ?
C’est pourquoi je dis que pour ne pas créer la confusion, on devrait attendre la prochaine élection législative. En ce moment-là, le parti sorti deuxième pourrait bénéficier de ce statut avec des moyens additionnels.
Mais en réalité, j’ai toujours été contre ces principes-là. En démocratie, il y a toujours un parti qui gagne, c’est celui qui gouverne, et les autres sont dans l’opposition. Ils se battent pour venir au pouvoir jusqu’à ce qu’il y ait élection. Mais, la désignation d’un chef de l’opposition, c’est diviser le peuple.
Vous pensez que c’est plutôt source de division de l’opposition ?
Oui, exactement, c’est source de tension, de conflit parce que personne n’acceptera les critères. Que ce soit le mandat présidentiel, ou législatif, les gens ne tomberont jamais d’accord. Je pense qu’il faut surseoir à ce poste de chef de l’opposition. Celle-ci est plurielle. Parce que certains pensent que le parti au pouvoir est en train de manœuvrer pour diviser davantage l’opposition.
C’est l’homme politique sénégalais qui est compliqué. Je suis contre ce poste-là, pour moi, ce n’est pas important.
L’autre point c’est que pour pouvoir parler au nom de l’opposition, il va falloir qu’on soit aussi équidistant par rapport à toutes les composantes de cette opposition.