Pourquoi les Algériens se cachent-ils un œil dans les manifestations ?

L’Algérie est secouée depuis dix mois par une contestation massive. Un œil caché derrière un pansement, les manifestants dénoncent à présent les violences policières, dans la rue et sur internet. Le mouvement #JeSuisBorgne exprime leur solidarité avec les blessés.

Une main, un papier, un bandage ou un pansement. Avec les moyens du bord, les Algériens se sont passé le mot pour se cacher un œil, dans la rue et sur les réseaux sociaux, ces derniers jours.
Une façon symbolique de dénoncer les violences policières subies par les membres du Hirak, le mouvement de contestation populaire qui enfle depuis dix mois dans le pays.
Le 17 décembre, ce cache-œil symbolique est apparu lors de la 43e manifestation hebdomadaire des étudiants du Hirak. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes leur ont emboîté le pas pour exprimer leur solidarité avec les citoyens éborgnés par les forces de l’ordre.
« Les larmes à l’œil qui me restent pour pleurer mon pays. #JeSuisBorgne à cause d’un régime aveugle », écrit ainsi un Algérien sur Twitter.
Une dizaine de manifestants auraient été blessés à Alger au lendemain de l’élection du nouveau président. (Capture d’écran : Twitter)Les visages où l’on se couvre un œil d’une main ont déferlé sur les réseaux sociaux algériens. (Capture d’écran : Twitter)De nombreuses personnes ont ainsi exprimé leur solidarité avec les manifestants éborgnés lors de violences policières. (Capture d’écran : Twitter)Une cagnotte a également été mise en place pour « les éborgnés de la police répressive algérienne » : plus de 22 500 € ont déjà été récoltés.
« Le vote est truqué »
Le 12 décembre, Abdelmadjid Tebboune, ex-Premier ministre de Bouteflika, a remporté la présidentielle avec 58,13 % des suffrages. Une victoire aussitôt contestée par le Hirak, qui a conspué le nouveau président dans la rue.
À Alger, la capitale, une marée humaine a déferlé dans la rue. « Le vote est truqué. Vos élections ne nous concernent pas et votre président ne nous gouvernera pas », ont scandé les manifestants.
La police est violemment intervenue pour les disperser, blessant une dizaine de personnes, notamment à l’œil, les 12 et 13 décembre, rapporte la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADDH). Près de 400 personnes auraient par ailleurs été arrêtées lors de la marche du vendredi 13 décembre à Oran.
Ils rejettent l’élection du nouveau président

« Rien ne justifiait une agression aussi lâche et disproportionnée contre la marche pacifiste observée à Oran. Rien, sinon le zèle et l’irresponsabilité. Éborgner des personnes dont le seul tort est de VOIR CLAIR les enjeux qui menacent le destin d’une nation qui n’a de cesse de subir le ridicule et l’absurdité, une nation qui a compris que les lendemains ne pardonnent pas aux peuples inattentifs, est un comble », a dénoncé l’écrivain algérien Yasmina Khadra sur Facebook.
Le Hirak, mouvement sans structure officielle ni dirigeant, réclame le démantèlement du système au pouvoir depuis l’indépendance en 1962 et son remplacement par des institutions de transition chargées de réformer le pouvoir. Après avoir obtenu la démission d’Abdelaziz Bouteflika en avril, le Hirak rejette désormais l’élection de son successeur, Abdelmadjid Tebboune.