Piratages, détournements, malversations : La période noire des banques

Avril 2018. Des malversations découvertes dans les comptes de Pamecas coûtent des ennuis judiciaires au chef comptable de l’établissement. Sept mois plus tard, plusieurs responsables de l’agence Manko, filiale de la Sgbs, se retrouvent en prison. Un trou, estimé à  3 milliards, a été découvert dans les comptes de l’entreprise.
 
Novembre 2018, toujours, 11 agents de la Banque de l’habitat du Sénégal (Bhs) défilent devant enquêteurs et magistrats. 198 virements frauduleux y ont été découverts.
 
Février 2019, les médias révèlent l’arrestation de la  bande à Mamour Cissé, du nom de ce jeune étudiant qui a usé de faux (comptes, ordres de virement et identités) pour pomper 323 millions de F Cfa des caisses d’Ecobank.
 
Puis, février 2019, le clou : des cybercriminels, qui ont piraté plusieurs banques, sont arrêtés. Ils ont emporté 17 milliards de francs Cfa, dont 6 milliards ont été volés à des banques établies au Sénégal.
 
 
La liste est loin d’être exhaustive. Mais elle est révélatrice des assauts subis pas les bourses des établissements financiers, durant ces dernières années.
 
Banquier de formation, Seydina Ndiaye analyse les causes de la survenance des cas de détournements internes dans nos banques. Il précise : « Ces opérations frauduleuses interrogent souvent la pertinence des dispositifs micro-prudentielles internes aux établissements de crédit et font le lit de défaillances humaines qui traduisent une certaine légèreté dans la maitrise des risques opérationnels », explique-t-il.
 
 
Le risque réputationnel 
 
Malheureusement, cela n’est pas sans conséquences. Car, les cas de détournements internes peuvent sérieusement entamer la réputation des établissements victimes. Ils peuvent menacer la rentabilité de la banque en affectant ses activités de prêt et les revenus tirés des conseils et autres opérations.
 
 
« Cela peut avoir un impact plus ou moins direct sur la rentabilité bancaire en termes de produit net bancaire, à travers ses deux composantes que sont: la marge d’intermédiation et les commissions. Donc, l’impact des opérations frauduleuses au titre du risque opérationnel est bien réel, outre, bien entendu, le déclenchement d’un raidissement de la politique de crédit de la banque victime. Ce qui peut avoir un impact plus macro sur l’économie », précise le banquier.
 
 
« Parmi les solutions pour éviter ces cas de détournements massifs, il faut nécessairement augmenter le contrôle interne, de le faire de manière récurrente et ne pas attendre que le mal soit fait pour envoyer une mission », explique Habib Ndao, Directeur exécutif de l’Observatoire de la qualité des services financiers (Oqsf). Il conseille aussi aux banques d’augmenter la formation du personnel.
 
 
Comment les cybercriminels opèrent
 
 
Les assauts des cybercriminels, c’est l’autre fléau auquel les banques font face au quotidien. En effet, les statistiques révélées en 2018, montrent que la cybercriminalité coûte 600 milliards de dollars à l’économie mondiale, par an. Et ce qui ne facilite pas la tâche aux banques, c’est qu’ils opèrent collectivement, de façon organisée.
 
«Dans le groupe, il y a des techniciens qui maîtrisent les logiciels qu’utilisent les banques, d’autres  qui maitrisent les processus des banques, puis, en dernière position, il y a ceux qu’on appelle les « Money mules », vers qui les sommes d’argent volées sont transférées. Et c’est lui qui les récupère pour le partage final», explique Bamba Thiam, expert en cybersécurité.
 
Pour davantage réduire la vulnérabilité de leurs systèmes de sécurité, M. Thiam conseille aux banques de mettre l’humain au cœur de leurs stratégies de protection. Car, signale-t-il que dans bien des cas, les cybercriminels profitent des informations volées aux employés de banque ou à la clientèle, pour perpétrer leurs forfaits.