Moustapha Diakhaté : Un «rebelle» politique au ton libre

Il sont nombreux à faire de lui un «rebelle» politique. Parce que Moustapha Diakhaté ne cache pas sa vraie personnalité. Fervent défenseur de Macky Sall pendant ses sept premières années à la tête du pays, Moustapha Diakhaté, ton libre, ne file pas du mauvais coton. Sa démission fracassante du Parti démocratique Sénégalais (Pds), en est une parfaite illustration. A cause des «injustices» et la «trahison» des objectifs, il a quitté Wade pour Macky en 2009. Sans pourtant autant se départir de sa conviction. Car, il promet de barrer la route au tombeur de Wade en 2012 si ce dernier tentait de dévier de son chemin.

En bon syndicaliste, Moustapha Diakhaté n’a pas du mal à intégrer la vie politique. Adolescent dit-on, il milite au Rassemblement national démocratique (Rnd), parti fondé par feu Pr Cheikh Anta Diop. C’est en 1987 qu’il a rejoint le Parti démocratique sénégalais (Pds). Avec comme seule raison «le Pds était plus résolu et plus actif pour le combat contre les socialistes».

Ainsi, au Pds, il occupa plusieurs postes comme membre du Comité directeur et inspecteur général du Parti. De ce compagnonnage avec Wade, le fondateur du Pds il en garde beaucoup de souvenirs. «Ce qui m’a le plus marqué chez Abdoulaye Wade, note Moustapha Diakhaté, c’est l’engouement qu’il suscitait auprès des Sénégalais. Il était le leader politique le plus adulé», avait confié le natif de Diourbel.

Un homme de conviction qui prend ses responsabilités

Militant engagé derrière le Pape du Sopi, il participe en mars 2 000, à la première alternance démocratique survenue au Sénégal avec son mentor Président de la république. Mais, cela n’a pas outre mesure détourné le Diourbelois de sa conviction. Car, tout au début de cette alternance historique, Moustapha Diakhaté commence à se rebeller. Une rébellion qu’il justifie par le fait qu’il avait senti des déviations du nouveau régime.

«J’avais senti les mêmes pratiques du Parti socialiste revenir», avait-il dans les colonnes du journal La Tribune.

Dans le but de contribuer à la recherche de solutions pour les problèmes d’organisation et de réforme qui ont jalonnés la vie du Pds», il met en place «Wacco ak alternance». Il l’avait mis en place avec d’autres anciens membres du Mouvement des élèves et étudiants libéraux (Meel). Pour lui, «l’un des objectifs de l’alternance était de construire l’une des plus grandes démocraties africaines, mais pas pour abîmer la République», avait-t-il confié à nos confrères.

Chargé de mission à la Présidence, Moustapha Diakhaté quitte Wade en 2009 à la suite de divergences avec Karim Wade. «En quittant le Pds, j’avais deux idées en tête : créer mon propre parti ou rejoindre une autre formation politique». Finalement, il a retenu la deuxième option. C’est ainsi qu’il rejoint l’Alliance pour la République (Apr) de l’actuel président de la République. Pourtant, rien ne prédestinait ce compagnonnage avec Macky Sall. «Je ne fréquentais pas Macky Sall. Mais, vu les injustices qu’il a subies dans le Pds de par sa conviction, je me suis dis que je vais le soutenir dans son combat. Je n’aime pas l’injustice», avait-il révélé à la Tribune. Avant de préciser : «je ne serai jamais le courtisan de quelqu’un».

Tête de liste de la coalition Benno Bokk Yakaar de Dakar. Moustapha Diakhaté promet est élu député. Il prend durant toute cette législature la tête du Groupe parlementaire de Benno Bokk Yakaar, après, il atterri à la présidence de la république.

Suite à la formation du premier gouvernment du second mandat de Macky Sall, il est remplacé. Depuis lors, il devient un simple responsable du parti présidentiel. Mais, toujours avec la conviction d’être au service des préoccupations des Sénégalais. C’est son combat. Pour lui, le président de la République Macky Sall doit apporter des réformes profondes durant son magistère. «S’il dévie de son objectif, il me trouvera sur son chemin», n’avait-il pas cessé de menacer.

«Macky Sall ne devait pas donner des permis à Frank Timis»

Moustapha Diakhaté rame désormais à contre-courant du régime dont il se réclame. Interrogé sur l’affaire Petro-Tim et le scandale de corruption présumée, il déclare sans ambiguïté aucune, que le chef de l’Etat Macky Sall ne devait pas donner de permis d’exploitation à l’homme d’affaires roumain Frank Timis.

«Quand le président de la République prend une décision, je la mets au crible de trois critères: est-ce que la décision est conforme avec nos lois; est-ce que la décision respecte les intérêts des Sénégalais; est-ce que la décision privilégie les intérêts du Sénégal ou de notre parti politique», a-t-il déclaré avant de poursuivre: «en ce qui concerne la question du pétrole, la loi dit carrément que c’est le président de la République qui octroie les permis. Mais également, la loi a mis des barrières de sorte qu’il est impossible au Président de donner des permis à qui il veut. Et d’après ce que je comprends des lois sénégalaises et de Frank Timis, le Président Macky Sall ne devait pas donner ces permis à Frank Timis. La loi dit clairement que celui a qui l’Etat du Sénégal donne un permis (d’exploitation) doit avoir les capacités financière et technique. Et ce que tout le monde a vu, c’est que Frank Timis a vendu ce qu’on lui a donné à BP et à Kosmos».

…«Je suis d’accord avec Aar Li Ñu Book… »

Moustapha Diakhaté multiplie les sorties pour dénoncer l’arrestation de l’activiste Guy Marius Sagna. Jeudi sur Rfm, l’ancien président du groupe parlementaire libéral trouve cette incarcération contraire à l’esprit des libertés publiques. Il a rappelé qu’en 2009, qu’il s’était opposé à la prétendue tentative d’arrestation de l’alors néo-opposant Macky Sall, lorsque ce dernier était convoqué au commissariat central de Dakar pour une affaire supposée de blanchiment d’argent. «Je suis d’accord avec la plate-forme Aar Lu Nu Book, qui marche pour la libération de Guy Marius Sagna, d’autant plus que même France Dégage revendique la paternité des propos pour lesquels il a été arrêté», dira-t-il.

Jusqu’où ira Moustapha Diakhaté dans son compagnonnage avec l’actuel chef de l’Etat ? Va-t-il rééditer le coup politique de 2009 et claquer la porte de l’Apr ?