Moussa Diaw sur les recommandations de l’Ue : «De l’eau dans …

Pour le professeur Moussa Diaw, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, les recommandations de la Mission d’observation de l’Union européenne sur le parrainage doivent être débattues lors du dialogue national. Mais pour ce qui est de l’application du parrainage au niveau local, l’analyste politique a plutôt suggéré que ce système soit amélioré, pour éviter les dysfonctionnements notés lors de la Présidentielle.

Comment appréciez-vous le rapport de la Mission d’observation de l’Ue ?

La Mission d’observation de l’Union européenne a rendu son rapport au cours duquel elle a fait une analyse approfondie de l’élection présidentielle et des dysfonctionnements, et parmi lesquels figure le parrainage. Et dans cette même optique, pour améliorer le système électoral sénégalais, elle a recommandé d’abandonner le parrainage pour les prochaines élections locales.

Un autre point qu’on pourrait relever de ce rapport, ce sont des critiques fondées sur le rôle que devrait jouer le Cnra, la haute autorité audiovisuelle chargée d’observer l’équilibre entre les différents candidats sur les chaines de télévision. Elle a remarqué que certaines chaines avaient tendance à privilégier des reportages politiques. Ce qui constitue un déséquilibre entre les candidats en course.

L’autre aspect qu’on pourra également noter, c’est le rôle de la Cena qui est chargée d’organiser et d’encadrer le déroulement des élections. Elle demande que les membres soient plus choisis en fonction de leur neutralité, un choix judicieux pour qu’ils prennent une certaine distance par rapport à l’Administration.

Ces observations sont très importantes, parce que c’est de l’eau dans le moulin des acteurs du dialogue national. Ils doivent traiter ces questions-là au cours de ces concertations.

Mais les missionnaires européens ont beaucoup insisté sur la suppression du parrainage…

La mission de l’Ue a fait une analyse sur le parrainage à partir d’une élection présidentielle. Ce qu’on aurait souhaité, c’est qu’elle dissèque quand même les dysfonctionnements observés lors du parrainage pour l’élection présidentielle. Et à partir de ce moment-là, les autorités vont réfléchir s’il faudra reprendre ce parrainage pour les Locales. Mais là, la mission a anticipé pour dire directement qu’il faudra supprimer le parrainage pour les élections locales à venir. C’est sur le fait qu’il y a des dysfonctionnements notés et qui risquent d’entraver le déroulement de ces élections. Parce que c’est très compliqué au niveau local, avec une pluralité de candidatures. Ce sera difficile de voir comment on pourrait organiser ce système-là qui a posé énormément de problèmes pour ces candidats. C’est ingérable avec des milliers de candidats. C’est la raison pour laquelle, la mission de l’Ue a demandé l’abandon de ce système.

Etes-vous favorable à l’abandon du parrainage ?

Moi, je pense que le parrainage en soi n’est pas mauvais, c’est un système de filtre, pour éviter les candidatures fantaisistes. Mais faudrait-il que les différents acteurs s’entendent sur les modalités de son application. Cela n’a pas été le cas. Ça était géré de façon unilatérale par la majorité qui l’a ensuite imposé. Je pense que c’est un filtre qu’il faudra améliorer sur les modalités de son application. Il faut réduire le nombre de signatures. Par exemple, en France, c’est 500 signatures qu’on demande auprès des élus, des conseillers municipaux, des députés ou encore des sénateurs pour un pays aussi vaste, qui a une large tradition démocratique. Je pense qu’au Sénégal aussi, il va falloir l’amener à 500 ou 600 signatures, c’est représentatif au niveau national. C’est mieux que d’instaurer un système ingérable qui crée énormément de difficultés.