Mais que fait le ministre de l’intérieur ? (Par Serigne Saliou Guèye)*

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Mais que fait le ministre de l’intérieur ? (Par Serigne Saliou Guèye)*


Les infrastructures sont délabrées, les équipements obsolètes, les conditions de vie des policiers exécrables alors qu’une série fréquente de meurtres et d’agressions s’exerce sur d’honnêtes citoyens.

Le lundi 25 avril 2022, dans un bâtiment inachevé à Bargny, une fillette du nom d’Anta Ndiaye âgée de 8 ans a été t**e sauvagement par un couple de jeunes ados qui prenaient une partie de plaisir. Et voilà le 20 mai que la gérante d’un multiservices à Pikine Rue 10, Kiné Gaye mourait après avoir reçu sauvagement 37 coups de couteau. L’auteur d’un tel crime sordide n’est que Khassim Ba, son superviseur, qui n’a pas hésité à ôter la vie d’une jeune dame pour célébrer un autre, celle de son bébé. Le sadisme et le cynisme ont atteint leur paroxysme quand un dandy épicurien écharpe cruellement une jeune dame pour assouvir les desiderata d’une mère et d’une épouse enivrées par les plaisirs mondains.

24 heures après la m**t de Kiné, c’est au tour du jeune Papi Niang à Ouakam de perdre la vie après avoir reçu un coup de couteau dans l’abdomen. Le dimanche 22 mai 2022, à Diamaguène Sicap-Mbao, un jeune du nom de Khabane Dieng âgé de 24 ans est poignardé mortellement au niveau du cou lors d’une altercation avec le frère jumeau du lutteur Mama Lamine. Cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour que les populations indignées et traumatisées par cette série de crimes s’interrogent sur l’utilité des forces de sécurité que sont la police et gendarmerie. Qu’est-ce qui explique en si peu de temps ce débridement de la violence mortifère à laquelle assistent impuissamment les populations apeurées ?

L’insuffisance des forces de l’ordre et le manque d’équipements adéquats et adaptés à la criminalité sont à mettre dans cette exacerbation de la violence. Pourtant le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Diome, vante à hue et à dia sur tous les tréteaux et plateaux l’acquisition de matériels et d’équipements performants pour notre police nationale. Mais cet équipement commandé après les évènements de mars 2021 est destiné à d’éventuels émeutiers.

Selon une information reprise de l’Obs, un mois après ces évènements malheureux, le ministre de l’Intérieur, sur instruction du président de la République, « a passé une commande, en toute urgence, d’un lot de plusieurs dizaines de véhicules blindés légers (APC) de type BATT (Ballistic Armored Tcatical Transport), auprès du fournisseur américano-émirati The Armored Group (TAG) ». Selon la fiche technique du véhicule visitée par Dakaractu et repris par l’Obs « le BATT est destiné aux forces de l’ordre et aux équipes tactiques pour effectuer des missions en milieu rural et urbain. Il permet, pour les équipes, une protection contre les balles de calibre 50 B7/NIJ IV+ ou niveaux de blindage B6/NIJ III. Il dispose d’un plancher de protection contre les explosions, d’un pare-feu interne blindé, d’une protection du toit adaptée aux fusils d’un clip de capot entièrement blindé, des ports pour armes à feu prêts pour l’optique et a une capacité tout-terrain à quatre roues motrices ».

Aujourd’hui, la priorité de Diome, c’est de préserver en toute quiétude le règne de Macky Sall. Quand il s’agit de sécuriser le régime auquel il appartient, le magistrat-politicien ne lésine pas sur les moyens. Mais il est indéniable que la police sénégalaise souffre d’une disette de matériels performants de dernière génération pour lutter contre le grand banditisme et la criminalité ambiante.

Lors de son installation à la tête de la police le 29 avril 2021, l’inspecteur général de Police Seydou Bocar Yague avait déclaré par-devers son ministre de tutelle qu’il allait « réarticuler le dispositif sécuritaire, moderniser des infrastructures abritant les unités de Police, acquérir des équipements spécialisés, améliorer les conditions de vie des policiers, renforcer du système de renseignement et d’action ». Mais rien de tout cela ! Les infrastructures sont délabrées, les équipements obsolètes, les conditions de vie des policiers exécrables. Il suffit de se rendre dans plusieurs commissariats pour se rendre compte que les bâtiments qui les abritent, n’étant que des maisons transformées, ne répondent pas architecturalement aux normes d’une infrastructure devant abriter des unités de police.

L’informatisation et la numérisation de la police ne sont pas encore au rendez-vous du 3e millénaire. Une police comme celle des Parcelles Assainies, deuxième grand commissariat de Dakar, manque quasiment de tout. Personnel insuffisant, ordinateurs de dernière génération inexistant, véhicules d’intervention déficients. Comment imaginer que même pour enregistrer des plaintes, le service d’accueil comme d’autres du même commissariat utilise de gros registres.

Pourtant nonobstant ces moyens limités, les policiers des Parcelles Assainies, avec à la tête un commissaire chevronné et épris des sens de responsabilité, abattent quotidiennement un travail titanesque à tous les niveaux : sécurisation des personnes et des biens, fluidification et la régulation de la circulation routière surtout avec la construction des voies du BRT, lutte contre la d****e. L’espace polarisé par le commissariat des Parcelles Assainies, en dépit de la déficience des moyens de sécurisation, est l’une des zones de Dakar où les agressions et le grand banditisme n’existent presque plus.

Les conditions des policiers du Sénégal ne sont pas des meilleures. Quand d’autres secteurs de la fonction publique revendiquent à juste raison avec tout un tintamarre des augmentations de salaire ou des indemnités quelconques, les limiers, entravés par une réglementation qui leur interdit d’étaler publiquement leur souffrance, se résignent avec les maigres salaires qui ne peuvent même pas leur assurer un demi-mois de subsistance correcte. Une telle situation ne manque pas d’exposer malheureusement certains d’entre eux, à leur corps défendant, à des pratiques corruptogènes.

En 2018, la gendarmerie sénégalaise avait fait une commande de véhicules blindés et de véhicules anti-émeutes pour parer à toute émeute lors de l’élection présidentielle de 2019. Il s’agissait de véhicules blindés Ejder Yalcin 4×4 et de véhicules anti-émeutes Ejder Toma. In fine, ces véhicules n’ont pas servi à grand-chose pendant les émeutes de mars 2021 où la déferlante populaire a submergé les forces de défense et de sécurité.

En 2011, à deux mois de l’élection présidentielle de 2012, le ministre des Forces armées d’alors avait commandé du matériel anti-émeute composé de 400 lance-grenades, de 9 000 grenades lacrymogènes à fusil et de 600 tenues anti-émeutes complètes pour un montant de 500 millions de francs CFA. Cela n’a pas empêché, Macky Sall opposant de décider, avec ceux qui partageaient son projet politique, d’aller déloger le président en exercice, Abdoulaye Wade, en cas de confiscation de la volonté populaire.

C’est donc dire que plutôt que d’acheter des équipements destinés à mater des populations éprises de démocratie, les ministres des Forces armées et de l’Intérieur doivent orienter plus leur politique sécuritaire sur cette série fréquente de meurtres et d’agressions avec violence exercés sur d’honnêtes citoyens. Aujourd’hui, le ministre de l’Intérieur semble être un ministre chargé simplement des élections. Aucune politique sécuritaire mise en place depuis sa nomination le 1er novembre 2020. Rien que des discours et des déclarations d’intention. Toute son énergie, tous ses moyens, tous ses discours et toutes menaces sont dirigés contre ceux qui ne partagent les mêmes schèmes de pensée politique avec son mentor Macky Sall.

Pour incompétence et échecs répétitifs, le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr a été desservi de ses fonctions. Pourtant son collègue de la place Washington ne fait pas mieux pour la sécurité des citoyens. Mais tant qu’il assurera au Prince des victoires électorales ou tant qu’il lâchera sa flicaille sur les opposants radicaux, il bénéficiera toujours d’une assurance-vie à la tête de son ministère.