« Mackyllage » des chiffres sur l’endettement : Comment l’Etat s’est joué du Fmi et de la BM

Le changement des paramètres de la dette du Sénégal, opéré ce vendredi par le Fmi, a fait passer le pays du statut de pays à risque de surendettement à faible à modéré. En d’autres termes, l’endettement du Sénégal, jusqu’à une période récente, se calculait uniquement à travers la structure centrale de l’Etat, alors qu’étaient passées sous silence les structures autonomes comme les sociétés nationales et parapubliques, lesquelles empruntaient de l’argent auprès des institutions financières mais toujours avec la garantie de l’Etat. Un « mackyllage » des chiffres de la dette, éventé par le Fmi qui a dégradé le Sénégal passé de pays à risque de surendettement faible à celui de pays d’endettement modéré, note dans ses page Le Témoin qui évoque une « tricherie » et y voit une sanction.« L’Etat a presque atteint le plafond des 70% »
La situation est expliquée par l’économiste Cheikh Ahmadou Bamba Diagne de l’UCAD, qui y voit le risque pour le Sénégal d’atteindre rapidement le plafond communautaire de l’Uemoa. « L’Etat, dit-il, a un sérieux problème de liquidités. Nous nous situons à un taux d’endettement de 64,5% du PIB alors que la limite communautaire se situe à 70%. Or, pendant longtemps, les pouvoirs publics ont trompé leurs partenaires de la Banque mondiale et du Fmi dans les chiffres d’endettement parce qu’ils ne communiquaient que sur l’endettement de l’Etat central en laissant de côté celui de ses démembrements comme les agences et les directions générales des sociétés nationales. Le taux de 65% vient de la Banque mondiale. Il prend en compte autant l’endettement du pouvoir central que celui de ses démembrements. Donc, on n’est pas loin de la barre fatidique des 70%. L’Etat a presque atteint le plafond des 70% », alerte-t-il dans les colonnes du journal.
Quid de l’endettement des agences et autres démembrements de l’Etat ? « L’endettement de l’Ageroute, c’est l’Etat. C’est le cas du PUMA, du PUDC et de nombreuses agences budgétivores. L’Etat sait très bien ce qu’il faisait. Seulement voilà, les bailleurs de fonds n’avaient jamais une idée globale du niveau d’endettement de l’Etat. Ce qui pouvait impacter sur la confiance de nos partenaires à nous prêter de l’argent. Tant que ces emprunts n’étaient pas comptabilisés dans l’endettement public, le Sénégal présentait des niveaux faibles de stock de dettes. Le changement de statut d’endettement faible à modéré induit le risque de voir notre pays crever rapidement le plafond puisqu’on est à 64,5% du PIB par rapport aux critères de convergence de l’Uemoa arrêtés à 70% du PIB. On va crever le plafond sous peu. A partir de 70%, on ne peut plus emprunter », signale Diagne.
Le Sénégal, met encore en garde l’économiste et chercheur, « risque alors de tomber dans les fonds bras des vautours. Ce sont des fonds spéculatifs qui vont acheter à bas prix le crédit du Sénégal pour le revendre à un taux d’intérêt plus élevé. L’Etat est très conscient de cette situation. Il est en train de serrer la ceinture et de rétablir la vérité des prix, éliminer les subventions tout en augmentant les prix de certaines denrées alimentaires et hydrocarbures ».
Et du fait de cette situation, « même si les organisations syndicales vont en grève, l’Etat ne peut pas satisfaire leurs revendications du fait qu’il n’a qu’une seule préoccupation, c’est de payer sa dette ».
En revanche pour Moustapha Ba, directeur des finances et du budget, il n’y a pas lieu de s’alarmer car le Sénégal ne crèvera pas le plafond et il n’y a aucune inquiétude à se faire puisque tous les projets du Plan d’actions prioritaires (Pap)2 (2019-2023) du Pse, sont déjà dans le cadrage.