L’Helicobacter pylori, cette bactérie qui affecte l’estomac

L’helicobacter pylori est une bactérie qui vient se nicher dans l’estomac et provoque une inflammation. C’est la cause la plus fréquente de gastrite et d’ulcère gastroduodénal dans le monde. Tout ce qu’il faut savoir sur cette bactérie dont on parle peu.

L’Helicobacter pylori est une bactérie qui peut se nicher dans la muqueuse gastrique et donner des infections bactériennes responsables d’inflammation de l’estomac. Zoom sur cette bactérie peu connue avec le Pr Jean-Dominique De Korwin, hépatogastro-entérologue au CHRU de Nancy.
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Quels problèmes peut entraîner cette infection à l’Helicobacter pylori?

Elle va provoquer une inflammation de l’estomac, appelée gastrite, qui passe généralement inaperçue. Mais cette gastrite chronique peut aussi entraîner des troubles digestifs (gêne, douleur). Chez la majorité des personnes concernées, cette infection est sans conséquence. Mais chez environ 10 % d’entre elles, elle va évoluer vers un ulcère de l’estomac ou du duodénum. Plus rarement, dans 1 % des cas, la gastrite va favoriser le développement de lésions précancéreuses puis aboutir, après plusieurs décennies, à un cancer de l’estomac.
C’est donc surtout l’estomac qui est touché ?

Helicobacter pylori est également présente dans une maladie rare, le purpura thrombopén***e immunologique, une maladie bénigne du sang qui se traduit par une baisse anormale du taux de plaquettes, pouvant provoquer des saignements. Des recherches suggèrent aussi un rôle dans l’athérosclérose, la maladie de Parkinson, ainsi que dans la démence ou la dénutrition du sujet âgé.
Comment cette bactérie se transmet-elle ?

C’est une contamination par voie oro-orale. Il s’agit généralement d’une transmission entre parents et enfants ou entre frères et sœurs. Elle survient pendant l’enfance car l’estomac est immature, ce qui favorise l’implantation de la bactérie, et parce que les enfants ont tendance à porter leurs mains à leur bouche. Il existe également un risque de transmission au cours de l’allaitement.
L’infection à l’Helicobacter pylori est-elle fréquente ?

Une fratrie importante et de mauvaises conditions d’hygiène sont les principaux facteurs de risque. C’est pourquoi l’infection est de moins en moins fréquente en France. On estime que 15 à 30 % d’entre nous sont concernés. En revanche, en Afrique et en Asie, le taux de personnes infectées peut atteindre 90 %.
Comment sait-on que l’on est infecté par l’Helicobacter pylori ?

La plupart du temps, on ne le sait pas puisqu’on ne ressent rien. Mais les personnes qui ont des signes cliniques comme des douleurs d’estomac peuvent être infectées par Helicobacter pylori. Et celles dont l’un des membres de la famille au premier degré (parent, frère, sœur, enfant) a déclaré un cancer de l’estomac.
Dans quels cas recherche-t-on cette bactérie ?

Outre les deux situations évoquées précédemment, on recherche sa présence chez les personnes qui souffrent de carences en fer ou en vitamine B 12, en ayant pris soin d’identifier les autres causes de carence parfois associées. Mais aussi chez celles ayant un ulcère gastroduodénal ou ayant eu un ulcère et qui vont prendre un traitement à base d’anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ou encore chez celles qui vont avoir une opération visant à réduire une partie de l’estomac (chirurgie de l’obésité).
Quels sont les examens qui permettent de rechercher cette bactérie ?

Dans la plupart des cas, le diagnostic repose sur une fibroscopie (ou gastroscopie), qui consiste à introduire un tube fin et souple muni d’une caméra, depuis le nez ou la bouche jusqu’à l’intérieur de l’estomac. Elle permet d’inspecter la paroi de l’estomac, d’en prélever des échantillons pour les analyser, et de détecter d’éventuelles lésions ulcéreuses ou précancéreuses qu’elle a pu causer. Chez les personnes qui ne présentent pas de symptôme digestif ni de facteur de risque de développer un cancer, le médecin peut proposer un examen par simple prise de sang. Celle-ci permettra de détecter les anticorps produits par l’organisme pour lutter contre la bactérie. Si le résultat est négatif, la personne n’est pas infectée. Si le résultat est positif, une fibroscopie avec prélèvements sera proposée.
Peut-on guérir l’infection à l’Helicobacter pylori ?

Oui. Le traitement repose sur la prise de plusieurs antibiotiques et d’un inhibiteur de la pompe à protons, un médicament qui réduit l’acidité de l’estomac. Il dure 10 ou 14 jours, selon les antibiotiques associés ou non à la prise de bismuth, qui aune activité antibactérienne.
Le traitement contre contre l’Helicobacter pylori est-il efficace ?

Il permet d’éliminer l’infection dans 80 à 90 % des cas. Il peut échouer soit parce que la bactérie résiste aux antibiotiques utilisés, soit en raison de difficultés à suivre le traitement. Des effets secondaires, fréquents, mais souvent peu graves, peuvent en effet survenir lors de la prise des médicaments : nausées, diarrhées, vomissements, perte d’appétit, altération du goût (goût métallique) …
Que faire lorsque le traitement n’a pas éliminé Helicobacter pylori ?

Si le premier traitement n’a pas permis d’éliminer la bactérie, le médecin en proposera un nouveau, qui sera composé d’antibiotiques différents. En raison de ce risque d’échec du traitement, il est indispensable de contrôler si l’infection a bien été éliminée (voir encadré page précédente). Une fois la bactérie éliminée, il y a peu de risque d’être réinfecté à l’âge adulte.
Eliminer cette bactérie écarte-t-elle le risque d’ulcère ou de cancer ?

L’élimination de la bactérie fait disparaître l’inflammation de l’estomac ainsi que les troubles digestifs qu’elle peut provoquer. Elle empêche le développement ou la récidive des ulcères de l’estomac et du duodénum. Elle réduit également le risque de développer un cancer de l’estomac, à condition toutefois de ne pas avoir de lésions précancéreuses. Pour les personnes ayant déjà ce type de lésions, une surveillance s’impose.

Comment savoir si le traitement contre l’Helicobacter pylori est efficace?

Les antibiotiques détruisent progressivement les bactéries. Même si les symptômes s’améliorent, il est indispensable de poursuivre le traitement jusqu’à son terme pour éliminer toutes les bactéries. Si ces dernières ne sont pas complètement éliminées, il faudra sans doute prendre un autre traitement, de composition différente, car H. pylori est capable de devenir résistante aux antibiotiques auxquels elle est exposée. Il est donc nécessaire de réaliser un contrôle qui repose sur un test simple, non douloureux et sans danger, dit test respiratoire à l’urée marquée. Il est prescrit par le médecin, disponible en pharmacie, et réalisé dans un laboratoire de biologie médicale. Ce contrôle peut être effectué à compter de 1 mois après la fin du traitement.

Pour en savoir plus Sur son site, la Haute Autorité de santé propose des guides sur la recherche et le traitement de la bactérie : https://www.hassante.fr

Merci à notre expert Pr Jean-Dominique De Korwin, hépatogastro-entérologue au CHRU de Nancy.

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