« L’alternance politique mode Kabila de Kinshasa ou …(Par Cheikh Lamane Diop)

Certains chefs d’État africains rêvent d’un mandat de trop pour prolonger le bail à la tête de leur pays. Le tripatouillage constitutionnel n’est plus l’unique alternative. Il y a eu le « boulanger » Gbagbo Laurent en Côte d’Ivoire. Le frais retraité chef de l’Etat de la République démocratique du Congo ((RDC) sait aussi enfariner son monde. La méthode Joseph Kabila! Mode d’emploi.

Dans la tête de Joseph Kabila

Dédicace à mes ex-collègues et amis, Alpha, Alassane et Macky

Je ne peux avoir un 3ème mandat. La constitution me l’interdit. Mais pas de soucis. Une autre recette, non moins originale s’offre à moi. Plusieurs mois avant l’expiration de mon second et dernier mandat, j’entretiens le suspens sur l’éventualité de tripatouiller la charte fondamentale. Le suspens est insoutenable. Mais, je n’ai rien à cirer des cris d’orfraie de cette fameuse communauté internationale encore moins des convulsions intérieures. D’ailleurs, l’ONU à travers la MONUSCO est là. Au prix d’investissements et de sacrifices coûteux, elle a empêché cahin-caha que la situation intérieure du pays ne dégénère. Et, finalement, au moment où tout le monde piaffe d’entendre ma décision, je renonce in extremis à opérer la révision constitutionnelle. Plus par crainte des pressions internationales (Usa, Belgique, France, etc.) que par la consistance des convulsions politiques internes. 

En revanche, je crée les conditions d’une ingouvernabilité du pays au crépuscule de la durée légale de mon mandat. Ainsi, je deviens indispensable sur le moment. De la sorte, je m’arroge, sinon de jure, du moins de facto, un bail supplémentaire de deux an à la tête du pays. 

Enfin, arrive le moment fatidique. L’élection présidentielle à laquelle je ne peux candidater intuiti personae. J’ai jeté dans la bataille mon double – pardon mon dauphin, Ramazani Shadary, homme de paille au propre comme au figuré. La bataille des urnes perdue, je n’ai accomplir proprement mon dessein de partir sans partir. Toutefois pas pu faire gagner mon poulain pour partir sans partir. C’est un opposant pur et dur, Philippe Tshisekedi, fils de son père, qui est finalement élu. J’ai pu éloigner le cadavre de l’opposant de toujours, Etienne Tshisekedi, décédé loin du pays, à Bruxelles, au royaume de Léopold II, l’ex-propriétaire de l’immense Congo. 

En revanche, à l’heure fatidique, je n’ai malheureusement pas pu empêcher, malgré d’énormes manigances électorales, l’élection son fils Félix à la tête de mon « royaume » du Congo que mon père a aussi dirigé au prix d’une percée rebelle sanglante, avant de périr lui-même par le fer: un drame familial qui m’a propulsé de manière inattendue à la tête du pays que j’ai finalement dirigé pendant près de 18 ans (2001-2018) – bonus malus en cours non compris – sans emprunter la méthode sanguinolente de mon prédécesseur de père; 

 Mon poulain que j’ai chouchouté et soutenu de toute mes forces en mettant à sa disposition une redoutable machine électorale, devait m’aider à partir sans partir. Au finish, il s’est révélé être un tocard en n’arrivant que 3ème de l’olympiade présidentielle. Mais, comme dans un jeu de poker menteur, je dispose suffisamment de combinaisons à jouer.

 Ainsi, faisant mauvaise fortune bon cœur, mon arsenal de crocs-en-jambes et autres peaux de banane à jeter sur l’itinéraire du président élu me permettront suffisamment de continuer à gouverner pendant que Felix Tshisekedi ne fait que régner. À ce titre, il a eu l’énorme privilège d’avoir pu rapatrier la dépouille de son pater,  décédé deux ans auparavant à l’étranger. Ce dernier a même eu droit à des funérailles nationales grandioses avec notre bienveillante générosité. Quel privilège! 

Cet épisode macabre terminée, il faut revenir à la réalité du pouvoir. Felix Tshisekedi est le président de la République élu depuis plus d’un semestre. Mais, il n’a pu encore mettre en place un gouvernement de consensus pour gérer ce pays-continent où j’ai fini de placer un peu partout mes femmes et hommes aussi bien dans les institutions représentatives que dans les différentes provinces. En effet, je contrôle par le biais de ma plateforme politique, le FCC (Front commun pour le Congo), le Parlement, ainsi que la majorité des Gouvernorats du pays. C’est pour cela que Tshisekedi, mon successeur n’a pas le choix. Il ne peut dissoudre le Parlement avant un an. Ce n’est pas pour rien que depuis son élection, le chef de l’Etat « virtuel », n’a pu encore doter la République démocratique du Congo d’un gouvernement.

 Après moult transactions, le vrai Chef de l’État que je demeure a, par un patriotisme éclairé, donné son onction à la mise en place d’un gouvernement de consensus, afin de préserver l’intérêt supérieur de la Nation. Un gouvernement 40/60 en faveur de ma coalition avec un Premier ministre que j’ai imposé, verra le jour d’ici mi-août. Il y va de la stabilité de la RDC.

Voyez-vous, les voies de la politique sont sinueuses, voire tordues qu’impénétrables. 

Chers collègues du syndicat des chefs d’Etat africains, 

Voulez-vous prolonger votre bail à la tête de l’État, sans tripatouiller ni violer la Charte fondamentale de votre pays?  Eh bien, essayez ma méthode. Elle à l’avantage d’aboutir aux mêmes résultats avec moins de dégâts collatéraux. Son fruit est la cohabitation à la congolaise où la réalité du pouvoir est entre les mains du jeune et très très actif « retraité » que je suis. Mes amis, Alpha Condé, Alassane Ouattara, Macky Sall, etc., un boulevard royal est ouvert pour vous. Fermez le ban!

Cheikh Lamane DIOP, Journaliste.

E-mail: lamanediop@gmail.com