Gardiennage au Sénégal : Lumière sur un esclavage des temps modernes !

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La mort de Omar Sy, vigile aux cours privés Mboutou Sow, survenue le jeudi 10 janvier à Kaolack, a été une occasion pour SeneNews de donner la parole aux acteurs d’un métier dont les conditions de travail frisent l’esclavage.!

Entre salaires de misère, renvois arbitraires, manque de protection sociale, les vigiles sans défenses, risquent leurs vies face à des bandits de plus en plus armés. Postés devant les portes des banques ou des grandes surfaces, les vigiles sont souvent ligotés, bâillonnés, blessés et même tués lors des attaques perpétrées par les bandits.

Le vieux Ciré Fall était du même service de gardiennage que le défunt vigile des cours privés Mboutou Sow.

« Nous savons tous que nous sommes en danger, nous ne sommes pas armés. Les employeurs nous disent clairement qu’ils ne vont pas prendre le risque de nous armer, car en cas de blessures occasionnées, ils seront responsables », lance-t-il. Omar Sy a été tué lors de l’attaque de l’école Mboutou Sow, son collègue Ciré Fall a failli le précéder dans l’au-delà, il y a quelques mois de cela.

« On m’a frappé à l’œil droit avec une machette, nous dit-il, en nous montrant une cicatrice sur son organe complètement perdu. C’était à l’usine Gaz, dans la périphérie nord de Kaolack, j’étais en garde cette nuit, des malfrats on effectuait une descente sur les lieux », explique-t- il. « À part les 50 milles que je touche tous les 3 mois à la Caisse de Sécurité Sociale, je n’ai reçu aucune autre forme de compensation », continue l’homme.

Le plus dur dans le métier de gardiennage est la précarité de l’emploi, même après des années de service, un vigile peut être radié à tout moment par son employeur. D’ailleurs le défunt Omar Sy et ses amis devaient se rendre au Tribunal du Travail de Kaolack le matin du jeudi 10 décembre pour un procès contre le patron du « Cœur de Ville », qui les avait radiés sans droit. « Pas plus tard que le 30 septembre 2018, après 6 ans de loyaux services au « Cœur de Ville », le directeur nous a renvoyés sans explications. Face à notre demande d’indemnisation, il nous a rétorqués que nous étions que de simples prestataires, alors que nous avions des contrats à durée indéterminée », témoigne toujours Ciré Fall.

Joint au téléphone par SeneNews le directeur du « Cœur de Ville », Cheikh Faye, n’a pas voulu nous accorder un entretien afin de clarifier les zones d’ombre qui existeraient entre lui et ses anciens vigiles. « C’est une affaire de la Justice ça ne concerne personne », nous a t- il donné comme réponse.

Du côté des syndicalistes, défenseurs des travailleurs le constat est fait. Pour Abdou Ndiaye, secrétaire général de l’union régionale de la CNTS, les vigiles doivent être accompagnés sur le plan de l’armement, de la protection sociale et de l’augmentation de leur salaire.

« Comment peut-on demander à quelqu’un de veiller sur un patrimoine qui dépasse des millions ou des milliards, et ne pas l’armer, d’autant plus que ceux qui font les attaques ont généralement des armes de guerre. Les vigiles sont en danger permanent, ils risquent leurs vies à tout instant », défend le syndicaliste en chef de la région de Kaolack.

Pour le secrétaire national du syndicat des travailleurs des collectivités locales, : « l’exemple du « Cœur de Ville » est édifiant, après des années de service des vigiles ont été simplement radiés, Omar Sy en faisait partie. L’affaire a été portée au Tribunal par la CNTS. Mais sachant qu’ils sont fautifs, certains patrons font du dilatoire en faisant traîner les procès d’appel en appel pour décourager les pères de famille plaignants », ajoute Abdou Ndiaye avec un brin de découragement dans la voix.

Hélas, comme Omar Sy qui a laissé derrière lui une veuve et des enfants sans aucune forme de protection sociale, malgré des années de travail, des milliers d’agents de sécurité, pères de famille ruminent leur précarité dans la nuit noire souvent à la belle étoile.

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