[Focus] De Senghor à Macky Sall : Moustapha Niasse, un dinosaure dans l’arène politique

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Ça y est, Moustapha Niasse va (enfin) céder la place aux plus jeunes dans sa formation politique. Il ne sera plus secrétaire général de l’Alliance des forces de progrès (AFP) à partir du premier trimestre de 2022. Le mastodonte de l’arène politique l’a annoncé lui-même, confirmant ainsi une sortie précédente sur le même sujet.

Directeur de cabinet du président Senghor, Premier ministre sous Abdou Diouf avant de basculer dans l’opposition à ce dernier avec la création de son parti, l’Afp, en 1999, Moustapha Niasse, faiseur de roi, aura pesé de tout son poids sur la balance du Sopi pour faire basculer le pouvoir politique du côté d’Abdoulaye Wade en 2000. Mais il ne mettra pas longtemps à retourner dans l’opposition suite à un différend avec le même Abdoulaye Wade devenu président et dont il a été le Premier ministre. L’homme se révèle très endurant et ancré dans ses convictions.

En effet, depuis la création de sa formation politique, Niasse a été l’artisan des deux alternances qu’a connues le Sénégal et en ce jour anniversaire (18 juin) de la création de son parti (AFP), il est la deuxième personnalité de l’État et occupe, du haut de ses 85 ans, le perchoir de l’Assemblée nationale. Son parcours politique est riche en expériences qu’il a tenu à partager en ce jour anniversaire, devant ses militants et alliés.

Moustapha Niasse, 82 ans, toujours en piste

Aujourd’hui âgé de 82 ans, l’homme entre en politique à 16 ans et demi en intègre le bureau politique de l’UPS à 19 ans. Dans cette instance, il était chargé de la rédaction des procès-verbaux des réunions. « Je devais avoir entre 19 et 20 ans à l’époque et j’étais chargé d’écrire les procès-verbaux de nos réunions de bureau politique. Après nos réunions, je montais avec Lamine Guèye, qui présidait les réunions du Bureau politique de l’UPS d’alors dans son bureau, qui les lisait puis les signait. Puis je prenais tranquillement ma moto Vespa pour rentrer à la cité universitaire », confie -t-il.

Moustapha Niasse, de 1957 à 1962, côtoyait les plus hautes autorités de ce pays mais déclare n’avoir jamais sollicité à rencontrer le président Senghor. Il confie qu’il n’avait jamais demandé aucune faveur à un quelconque dirigeant de l’UPS. Accumuler de l’expérience et continuer ses études étaient ses priorités.

« La première école est le Parti et c’est en 1962 que j’ai rencontré pour la première fois le président Senghor alors que j’avais adhéré depuis 5 ans. Il m’a demandé: « pourquoi tu ne demandes pas à me voir ? Je lui ai répondu : M. le président, j’ai 25 000 francs de bourse, je paie mes tickets 15 francs le repas, 3000 francs la chambre à l’époque ça suffisait largement. Je n’ai jamais voulu rien demander », se remémore-t-il.

Moustapha Niasse, à travers cet exemple, a voulu enseigner aux plus jeunes l’humilité et la modération devant les appétits et tentations que peut susciter un engagement politique. Avec, à portée de main toutes les possibilités, sa suffisance l’élevait encore, ce qui attira l’attention du président Senghor qui le rappela à ses côtés.

« Je n’ai rien fait dans ma vie, tout ce que j’ai pu faire ou réussir, c’est par la grâce de Dieu », martèle -t-il. Et d’ajouter: « Je voyais Senghor tous les mercredis et je ne lui demandais jamais d’audience. Je le saluais tranquillement et j’allais m’asseoir tranquillement à ma place ».

Après une vie bien remplie, avec 64 ans de présence dans l’arène politique, deux alternances à son compte, le leader de l’Alliance des forces de progrès annonce son retrait de la direction de sa formation politique, pour laisser la place aux plus jeunes. Une annonce faite mercredi dernier, à l’occasion de la célébration de l’appel du 16 juin 1999 de l’ancien socialiste qui est devenu, depuis cette date, le patron des progressistes et plus tard président de l’Assemblée nationale.