[Focus] Conquête « capitale » : Dakar est-elle à la portée des filets lébous?

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Lors de la rencontre qui s’est déroulée le 12 juin à la mosquée de la Divinité, l’assemblée des 121 villages lébous de Dakar a émis l’idée de candidatures léboues aux élections municipales : « Nous voulons un maire dakarois » a déclaré l’imam ratib de la grande mosquée. A cela, Abdoulaye Mactar Diop, le Grand Serigne de Dakar, rajoute : « si vous voulez un maire dakarois, choisissez un maire lebou ».

Question impie : Dakar appartiendrait-elle aux lébous ?

Il n’existe pas de statistiques déterminant la part exacte de la communauté léboue à Dakar. Ce dont on est sûr par contre est qu’elle s’est installée à Dakar il y a maintenant des siècles. A leur arrivée, ceux qu’on appelle Lébous ont trouvé dans la presqu’île du Cap-Vert, une population appartenant à l’ethnie Socé. C’est alors là que ces derniers ont migré vers le sud en Casamance et en Gambie, d’après les rapports historiques.

Par contre, les Lébous constituent un ensemble « hétérogène » puisqu’étant constitué de Djolof-Djolof, Walo-Walo et même des Sine-Sine. Les Djolof-Djolof par exemple, refusant l’autorité du Bourba Djolof, sont venus s’installer à Dakar. Le nom de la capitale a d’ailleurs connu une déformation puisqu’étant désignée à l’origine comme « dëkk raw », qui signifie « la terre de la liberté ».

C’est ainsi que les Lébous se sont installés le long des côtes sénégalaises tout en ayant une organisation particulière de leur société. Mais aussi un peuple qui rencontre d’énormes problèmes pour être uni. La preuve la plus récente est l’existence de deux grands Serigne de Dakar. Une divergence qui, selon un dignitaire lébou, « est l’œuvre des hommes politiques ». En réalité, poursuit-il, « l’unité de ces genres de groupes est une puissance dangereuse pour l’Etat ».

Et cette thèse semble se confirmer avec la déclaration du Grand Serigne de Dakar Abdoulaye Mactar Diop. Une déclaration teintée de politique qui a encore une fois divisé le peuple lébou. Selon Abdou Khadre Gaye, leader de l’ONG EMAD, Entente des Mouvements et Associations de Développement, « personne n’a le droit de choisir un candidat pour les lébous, le vote doit être libre même si chacun a le droit de soutenir qui il veut ».

En réalité, d’aucuns pensent qu’Abdoulaye Mactar Diop et l’imam Ratib ne veulent qu’imposer Alioune Ndoye dans la commune du Plateau ou encore Abdoulaye Diouf Sarr à la tête de la Ville de Dakar. Comme pour enfoncer le clou, un dignitaire déclare : « les politiques utilisent ces communautés comme un outil de chantage politique envers l’Etat et ce dernier alimente la scission dans la communauté».

Un observateur de la scène politique, qui requiert l’anonymat, l’interprète à sa manière : « c’est une prise de position sulfureuse mais qui ne repose sur rien parce que les candidats qu’il désigne sous les traits de Lébous, sont surtout des partisans de la coalition Bènno Bokk Yaakaar qu’il habille d’une appartenance ethnique de manière démagogique ».

Le poids politique de la communauté léboue ? Selon toujours ce même observateur anonyme, « il y a quelques villages traditionnels avec des poches où ils peuvent peser : Yoff, Ouakam, Ngor. Mais c’est tout ».

Ce qui est quasiment insignifiant pour qui veut contrôler la Ville de Dakar. D’autant plus que les Lébous se sont dilués dans le melting-pot dakarois au même titre que d’autres communautés.

Dakar, aux Lébous ? Une vue de l’esprit sans doute…