Fissure dans Aar Li Nu Book : Imam Kanté quitte la plateforme

Imam Kanté n’est plus membre de la plateforme citoyenne Aar Li Nu Book. L’imam abandonne son  rôle de porte-parole en wolof de cette initiative citoyenne qui l’a coopté, à son commencement, comme personnalité indépendante.

«J’ai été convié aux premières réunions de la plate-forme. Je ne suis pas, à vrai dire, un membre fondateur de la plateforme, mais quand on m’a convié en me disant que vous faite partie des personnalités indépendantes qui prennent position sur  des  questions de société, etc., je me suis dit, effectivement, que je pourrais me reconnaitre dans cette lutte pour un bien extrêmement important et pour l’avenir du pays. Mais on s’est mis d’accord pour fixer des objectifs et  dégager une démarche, et, de plus en plus, je me rends compte qu’on s’écarte de ces objectifs et qu’aussi les méthodes de lutte ne me conviennent pas. Je ne les trouve pas efficaces, ni respectueuses de la loi et de mon éthique personnelle». 

Quel état  d’esprit réfutez-vous dans Aar Li Nu Bokk ?

«Cet état d’esprit que je vois actuellement  n’était pas le même qu’au départ. Parce qu’au départ, comme je l’ai dit, les premières  associations qui se sont réunies et les quelques personnes indépendantes, c’était vraiment un esprit positif. Ce qui a fait  que, effectivement, comme vous l’avez vu, j’étais même au-devant, en acceptant d’être porte-parole en wolof, etc. Donc, je me sentais à l’aise. Mais, par la suite, j’ai vu qu’il y a des entités  qui me semble surtout politiques, de mon point de vue, qui commencent surtout à prendre trop de poids par rapport à la démarche et aux objectifs de la plateforme. Donc, je vois que les réunions deviennent de plus en plus  houleuses. Je vois aussi qu’on cherche un peu la confrontation dans la rue, ce qui n’est pas mon objectif et aussi je ne lutte pas contre le pouvoir, je lutte pour la transparence, pour la bonne gouvernance. Je trouve qu’il y a une bonne dynamique, puisque le dossier sur le pétrole  est maintenant  une affaire pour la justice. Donc,  je vois qu’on n’a pas pris tout le temps d’évaluer tout ça. On appelle déjà pour un autre rassemblement ; je trouve que ça va dans tous les sens et je trouve qu’on ne maitrise plus nos objectifs et notre feuille de route».

Aar Li Nu Bokk n’a pas  de leçon à me donner

Aar Li Nu Bokk m’a trouvé sur le terrain de l’engagement. Donc, moi, je n’ai pas de choses à prouver et Aar Li Nu Bokk n’a pas de leçon à me donner, de ce point de vue-là. Comme je l’ai dit,  c’est eux-mêmes  qui m’ont appelé. Ça veut dire qu’on m’a trouvé sur ce terrain-là. Moi, mon esprit c’est un combat citoyen. Si je voulais adhérer dans les partis politiques, je l’aurais fait. Je ne vais pas attendre Aar Li Nu Bokk. Mais, pour l’instant, je reste dans le champ de la lutte citoyenne. Donc, toutes les questions citoyennes prévues dans la Constitution et particulièrement ces questions de ressources naturelles avec les initiatives que le président Macky Sall a prises lors du référendum  pour renforcer le droit du regard citoyen sur la gestion des ressources naturelles. Donc il y a assez de leviers, assez de possibilités, assez d’espaces pour conscientiser les populations,  pour demander la  reddition des comptes sur ces questions. Je ne vois pas pourquoi aller chercher des confrontations, pourquoi aussi  commencer à utiliser des termes du genre «les voleurs, les criminels». Je ne suis pas dans ça ! Nous ne devons pas prendre la place de la justice ! Nous devons poser des questions, demander qu’on nous rende des comptes, pas juger et invectiver !»

Est ce qu’on peut s’attendre un jour  à la mise sur pied d’une plate-forme par Imam Kanté?

Pourquoi pas ! Ce n’est pas exclu ! Il y a des gens qui me le demandent… Pourquoi pas ?  Aar Li Nu Bokk m’a trouvé dans le champ de l’engagement. Donc, effectivement, s’il y a des gens qui me font confiance, on pourrait penser à une initiative citoyenne qui devrait, pour moi,   être fondée sur des bases solides et rien que pour l’intérêt du Sénégal.