Évacuation de migrants à Paris : deux enquêtes visent des policiers pour « violences »

Deux enquêtes pour « violences » visant des policiers ayant participé, lundi soir, au démantèlement du camp de migrants place de la République, ont été ouvertes par le parquet de Paris.

Le parquet de Paris a annoncé, mardi 24 novembre, avoir ouvert deux enquêtes relatives à des faits de « violences », dont sont soupçonnés des policiers sur un migrant et sur un journaliste, lors de l’évacuation d’un campement de migrants dans la capitale.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été chargée d’enquêter sur ces faits, révélés dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, qui se sont produits lundi soir, en marge de l’opération menée par les forces de l’ordre sur la place de la République.
La première enquête concerne des faits survenus dans le quartier Beaubourg à Paris : un homme vêtu de blanc, encerclé par un groupe de policiers, parvient à s’enfuir avant de chuter lourdement, victime d’un policier en uniforme ayant tendu sa jambe sur son passage. Il se relève rapidement pour repartir en courant.
La seconde enquête concerne des faits visibles dans une vidéo diffusée sur Twitter par le journaliste Nicolas Mayart (Le Média), qui montre un policier maintenant au sol Rémy Buisine, journaliste-phare du média en ligne « Brut », en brandissant sa matraque.
Selon le journaliste de Brut, qui a commenté ces images sur Twitter, c’est la « troisième fois » que le « même policier » s’en prenait à lui dans « la soirée ». Brut a assuré mardi sur Twitter que son journaliste avait été « molesté à plusieurs reprises ». « Ça a dérapé totalement », a estimé mardi matin Rémy Buisine sur Europe 1.

Plusieurs centaines de migrants, en errance depuis l’évacuation d’un important camp d’exilés la semaine dernière, ont monté lundi un nouveau campement dans le centre de Paris, que les forces de l’ordre ont démantelé sans ménagement dans la soirée, en faisant usage de gaz lacrymogène. Très vite, des images de violences ont été relayées sur les réseaux sociaux. Des migrants sont sortis de leur tente par la force et à coups de matraque.

La défenseure des droits Claire Hédon a annoncé à l’AFP qu’elle se saisissait de ces faits. Plusieurs associations, parmi lesquelles Médecins du monde et le Secours catholique, ont fait part de leur intention de saisir cette instance.

Selon le parquet de Paris, deux gardes à vue pour des faits de violences et d’outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique, lors de cette évacuation, ont fait l’objet d’un classement sans suite avec rappel à la loi.

Manifestation dans le calme à Paris
Au lendemain de cette intervention policière et après une journée où l’indignation était sur toutes les lèvres, ou presque, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour protester mardi soir dans le calme, place de la République, à Paris.
Parmi les manifestants venus, à l’appel d’associations d’aide aux migrants, demander un abri pour les personnes évacuées lundi soir, Traoré Yoro, membre de la coordination des sans-papiers du 75, a indiqué vouloir « soutenir les exilés, qui ont subi les violences policières ». « Ça avait commencé la semaine dernière déjà mais cette fois tout le monde a vu », a-t-il ajouté à l’AFP.
« C’était abject, cette violence », explique Adèle, 21 ans. « Et ça vient avec tout un contexte, la loi sur la sécurité globale. On voit bien que s’il n’y avait pas eu les images, on n’aurait rien su. »
L’article 24 de cette proposition de loi, adoptée mardi par l’Assemblée nationale, pénalise d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion de « l’image du visage ou tout autre élément d’identification » de membres des forces de l’ordre en intervention, quand elle porte « atteinte » à leur « intégrité physique ou psychique ».
Isaline, une étudiante de 21 ans, espère néanmoins que l’évacuation de la place, lundi soir, sera « le début d’une prise de conscience ».
Pour Adèle, militante à l’observatoire des camps de réfugiés, il s’agit de « dénoncer l’hypocrisie du gouvernement, qui dit qu’il fait des opérations de mise à l’abri et derrière laisse un millier de personnes sur le carreau ».
Depuis l’évacuation il y a une semaine d’un campement à Saint-Denis, entre 500 et 1 000 personnes se trouvaient en errance dans les rues en lisière de Paris, selon les associations qui leur viennent en aide.
« Depuis hier, ça n’a pas changé, on réclame simplement la mise à l’abri des personnes à la rue en pleine pandémie et l’arrêt du harcèlement policier que subissent les exilés », insiste Maël de Marcellus, responsable parisien d’Utopia56, et l’un des organisateurs du rassemblement.