Éliminatoires mondial 2022 : « Le Sénégal sera doublement attendu…» (Mohamed Ghandour, consultant en football)

Le second tour des éliminatoires de la prochaine coupe du monde de football se jouera à partir du mois d’octobre 2020 sur toute l’étendue du territoire Africain. Mais avant ces joutes prometteuses, le tirage au sort a fini de livrer ses secrets ce mardi 21 janvier, au Caire (Egypte.) Un exercice qui dévoilera le futur des « Lions » du Sénégal, qui ont atterri dans le groupe H avec le Togo, la Namibie et le Congo. C’est donc sur ces entrefaites que Mohamed Ghandour, consultant en football au niveau de la BBC Afrique et sur la chaine publique nationale la RTS1, s’est prononcé en profondeur sur les enjeux qui attendent les vice-champions d’Afrique.

Dans une poule visiblement à la portée des « Lions », Aliou Cissé et les siens devront prendre en compte plusieurs facteurs prévient-il. Entre les voyages fastidieux sur le continent, le marathon des matches en club (Championnat, Ligue des champions, Ligue Europa) comme en sélection (Eliminatoires CAN 2021 et mondial 2022.) Sans oublier les cas de blessures et les conditions de jeu compliquées (Climat, pelouses.) Le « Lion blanc » a répondu sans complaisance aux questions de dakaractu. Entretien…

J’imagine que vous avez suivi avec intérêt le tirage au sort des éliminatoires du mondial Qatar 2022. Partagez-vous l’avis de ceux qui parlent d’un tirage favorable pour le Sénégal ?« Aujourd’hui on ne voit plus le Sénégal comme une équipe anodine. Le Sénégal est une grande nation de football avec son ballon d’or Africain (Sadio Mané) avec des joueurs comme Koulibaly, Idrissa Gana Guèye et Cie qui sont des joueurs que tous les grands clubs européens s’arrachent. Donc le Sénégal fait partie de l’épouvantail Africain pour ne pas dire que c’est la meilleure équipe Africaine. » Donc, contrairement à ce qui se dit, ce groupe H reste assez relevé selon vous ?« Ce sport là c’est d’abord le respect de l’adversaire. On ne peut pas dire aujourd’hui que nous allons comme une météorite sur ce groupe-là. Il faudra faire attention à plusieurs aspects : Le premier c’est surtout l’état physique des  joueurs qu’on va retrouver parce que les éliminatoires du mondial 2022 commencent en octobre. Il faudra voir dans quel état physique nous allons récupérer nos joueurs qui auront beaucoup d’échéances dans leurs clubs »Là vous évoquez déjà les aspects extra sportifs. Cela s’est toujours passé comme ça non ?
« Il ne faut pas oublier que nous allons beaucoup voyager, au Congo, en Namibie, au Togo. Avec l’agenda des compétitions qui a été complètement bouleversé avec le retour à une CAN en Janvier-février. Les pelouses seront-elles favorables ? En plus on ne joue pas un match de qualification comme on joue un match de championnat en Europe. » Néanmoins ne pensez-vous pas que le Sénégal devrait faire prévaloir son statut de numéro 1 Africain ? vice-champion de la dernière CAN 2019…
« Si on suit la hiérarchie normale, le Congo et la Namibie ne devraient pas trop poser de soucis aux « Lions. » Quoi que, la Namibie de Ricardo Manetti reste une équipe assez difficile à jouer. On a vu leur dernier match contre le Maroc qui a eu beaucoup de difficultés pour s’imposer. »
Et les « Eperviers » du Togo dans tout cela ?« Il y a aussi le Togo. On se souvient tous de ce qui s’est passé en 2005, lors des éliminatoires de la coupe du monde 2006…On se voyait déjà en coupe du monde avant qu’Adebayor ne viennent brouiller les cartes… À part une ou deux individualités comme Dossevi, Bakola, le Togo a plus un collectif, mais attention la vérité d’aujourd’hui peut ne pas être celle de demain. C’est pour cela que je disais qu’en octobre, l’état de forme de nos joueurs sera déterminant.»
Un certain Claude Le Roy tient les rênes de la sélection Togolaise. Une vieille connaissance… « C’est vrai que Claude Le Roy connait très bien le Sénégal, mais il connaissait le Sénégal des années 1991-1992. Toutefois, il faut reconnaître  que c’est un entraîneur qui a bourlingué en Afrique (…) C’est un Sénégalais à moitié. Il connait bien le football du continent noir. »Si on se base sur la valeur des équipes, sur le papier, les « Lions » semblent être nettement supérieur… « Je ne voudrais pas qu’on tombe dans la facilité. Je ne voudrais pas qu’on se dise que c’est gagné d’avance. Le job il faut le faire à la maison, et à l’extérieur. Il faut le faire deux fois plus à l’extérieur qu’à la maison. On n’apprend rien à ces joueurs confirmés ni à Aliou Cissé qui a maintenant l’habitude de ces joutes. Normalement c’est un groupe abordable. Avec un Sénégal dans sa logique, face à des « Lions » qui déroulent, ces équipes ne devraient pas nous poser de problèmes. »
Avec ce nouveau statut de vice-champion d’Afrique, le Sénégal n’est-il pas devenu une cible ?« Ces nations qui reçoivent le Sénégal, reçoivent le ballon d’or Africain Sadio Mané ! Une manière de dire que le Sénégal sera doublement attendu… Le Sénégal est passé un cran au-dessus, on vient d’une campagne à la coupe du monde 2018, nous venons de disputer une finale de CAN. C’est non négligeable certains joueurs de l’effectif ont passé ce cap. Donc les personnes qui gèrent cette équipe doivent passer ce cap aussi »
Vous l’avez évoqué tout à l’heure, c’est un véritable marathon qui attend les joueurs durant ces campagnes à venir. N’est-ce pas le moment idéal pour insister sur la relève ? Convoquer d’autres jeunes talents ?
«  Il faut penser à préparer la relève, aujourd’hui on n’a des tops players. Mais seront-ils tous présents ? Pourront-ils tenir le rythme ? Il est impératif de préparer la relève. Le travail qui doit se faire au niveau du staff technique, de la DTN, c’est de doubler les postes. Une grande équipe se prépare avec les titulaires et la relève en même temps. »
Finalement, faudrait-il attendre une potentielle qualification pour les matches barrages pour jauger les « Lions » ?« À partir des matches de barrage où s’affronteront les dix meilleures équipes pour cinq places qualificatives au mondial 2022. On va passer de la deuxième division à un niveau Ligue des champions. C’est là qu’on pourra jauger le niveau du Sénégal. A vrai dire, le niveau du Sénégal est connu, en réalité il s’agira de maintenir ce niveau. Arriver à répondre à l’adversité tactique au moment venu. C’est là où on doit travailler. »