[ÉDITO DU JOUR] Islamophobe, Jeanne d’Arc se dévoile !

On ne peut pas reprocher aux Sénégalais d’être intolérants. Avec plus de 95% de musulmans, le pays compte autant de fêtes religieuses catholiques que musulmanes, voire plus. Et la discrimination basée sur la croyance religieuse, était censée pourtant provenir des musulmans. Mais non. Savoir raison garder. Avec son lot d’écoles catholiques indénombrables à travers le pays, toutes autorisées et fréquentées majoritairement par des musulmans, les responsables des établissements privés catholiques d’enseignement élémentaire et secondaire gagneraient à faire preuve d’humilité, à mettre de l’eau, beaucoup d’eau dans leur verre « souillé », redoutent-ils, par le voile islamique, un signe religieux qu’ils refusent de voir cohabiter avec un autre signe religieux : le crucifix ou le voile des sœurs religieuses. 
Le Sénégal n’est pas la France et une minorité de croyants ne devrait pas imposer sa loi à une majorité de croyants. Le principe est antidémocratique même, car admettre le voile permettant d’identifier les sœurs catholiques d’une part, et refuser d’autre part le port du hijab islamique, relève d’une discrimination notoire qui n’a pas sa place dans l’Education nationale. L’Etat, l’autorité de tutelle doit sévir avec vigueur pour que force reste à la loi. Et l’Eglise catholique du Sénégal dont dépendent ces établissements privés, ne peut pas se taire devant une telle forfaiture qui consiste à cibler les musulmanes voilées en vue de leur exclusion. 
Le silence du clergé dans cette affaire récurrente et malheureuse, est synonyme de complicité, d’acquiescement. Or, un règlement intérieur rédigé par la direction d’un établissement, public ou privé, ne peut en aucun cas supplanter la législation sénégalaise qui agrée l’ouverture de ces établissements. Toutefois, en l’absence d’un rappel à l’ordre sans ambiguïté émanant du clergé catholique, il appartient au ministère de l’Education nationale de prendre toutes ses responsabilités, en servant d’emblée une mise en demeure à ces établissements, à défaut, de retirer leur agrément dès l’instant qu’ils installent le Sénégal dans un débat malsain sur fond de religion, une menace à la cohésion nationale et au vivre-ensemble. 
 A défaut, les parents d’élèves ont aussi tout le loisir de boycotter ces écoles et d’aller inscrire les enfants ailleurs. Car c’est relater une lapalissade que de dire que si les parents d’élèves musulmans arrêtaient d’envoyer leurs enfants dans les établissements d’enseignement catholique, ceux-ci allaient mettre la clé sous le paillasson. Il est regrettable que Jeanne d’Arc, un « signe religieux », dévoile ainsi son islamophobie au grand jour. C’est d’autant plus préoccupant lorsque ces écoles adoptent une posture de défiance vis-à-vis de l’Etat dont elle viole les lois. Impunément ! Siffler la fin de la récréation, c’est maintenant.