Drogue, de la saisie à l’incinération : Un circuit aux contours poreux

La porosité de la sécurisation des saisies de drogue est au goût du jour, après la disparition de 80 kilogrammes sur la tonne de drogue saisie la semaine dernière par la Douane sénégalaise. Aujourd’hui, le doute persiste sur la destination de la drogue saisie.  

La douane a réalisé un gros coup, avec une saisie, en 72 heures, de plus d’une tonne de cocaïne (238 puis 798 kilos) au port de Dakar. Mais une supposée disparition de 80 kilogrammes, dont 900 grammes ont été retrouvés hier aux Parcelles-Assainies, vient chahuter cette grande offensive douanière contre le trafic de drogue et confirmer le doute sur la réelle destination de ces tonnes de produits prohibés.

Des saisies présentées, en grande pompe, aux très médiatisées cérémonies d’incinération, la drogue emprunte un circuit aux contours poreux. Officiellement, après saisie, la drogue est mise à la disposition du procureur de la République qui ordonne sa mise sous scellés. Puis elle est gardée en lieu sûr jusqu’à sa destruction par incinération, dissolution en mer ou enfouissement (selon le type) sur instruction du chef du parquet.

Cependant, le rapport de 2013 de l’ancien directeur de l’Ocrtis, le commissaire Keïta, lève le voile sur un circuit parallèle dont la destination finale est : les veines des consommateurs en proie à l’addiction. Selon l’officier de police radié suite à cette révélation, «une bonne partie de ces saisies» est réintroduite sur le marché, sous la couverture de policiers «ripoux» et pas des moindres, parrains des narcotrafiquants.

En effet, ce rapport interne (qui a fuité) daté du 3 juin 2013, accusait l’ancien directeur de l’Ocrtis et ex-directeur général de la Police nationale, Abdoulaye Niang, «d’avoir organisé lui-même la revente de la drogue saisie, en couvrant les activités de nombreux trafiquants».  Parmi lesquels un trafiquant nigérian dont les propos ont été repris dans le rapport : «L’autre patron (Niang) me remettait d’importantes quantités de cocaïne et avec ça, je lui faisais gagner beaucoup d’argent.»  

A côté de ce scandale, un autre vient confirmer les suspicions sur la porosité de ce circuit. Il s’agit de l’affaire du policier Adama Niane condamné à 10 ans de réclusion par le juge de la Chambre criminelle du tribunal de Mbour pour trafic de drogue (revente de drogue saisie).

Pour les mêmes faits de trafic de drogue, un autre policier, agent des Stup à l’Ocrtis, Ibrahima Dieng, a été arrêté le 11 mai 2014, en possession de 96 grammes de pierres de cocaïne enveloppées dans un sachet en plastique. L’agent en question couvrait les agissements de la dame Awa Thiam, arrêtée en même temps que lui avec 8 plaquettes de haschich (655 grammes). A sa décharge, le policier Dieng a soutenu que la drogue a été laissée à la plage de Yoff par des individus qu’il avait tenté d’arrêter. Une version que le policier a totalement changée. Il sera acquitté en mars 2018.  

Autant de faits qui montrent  que le circuit n’est pas aussi fermé qu’on le présente. Et que l’idée selon laquelle une partie des saisies est souvent subtilisée, a sans doute sa part de vérité.