Drames à répétition dans les établissements de santé au Sénégal: « À qui la faute ? » (Par Mandiaye Diallo)

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Drames à répétition dans les établissements de santé au Sénégal: « À qui la faute ? » (Par Mandiaye Diallo)


Avril 2021, incendie d’une maternité à Linguère, quatre (4) nouveau-nés meurent, choc national et déclarations tous azimuts.
Mai 2022, concrètement, rien n’a changé et nouveau drame, incendie dans un hôpital à Tivaouane, onze (11) nouveau-nés meurent, Re-choc national et re-déclaration tous azimuts.
À qui la faute ?
Ce texte n’est pas fait pour pointer le doigt une personne fautive, mais pour illustrer un système défaillant.
Le limogeage du ministre de la santé Abdoulaye Diouf Sarr et le décret de 3 jours de deuil national au Sénégal ne sont pas suffisants même si je salue ces décisions.
A chaque drame au Sénégal lié à ce qui tourne autour de l’habitat, de l’aménagement ou des infrastructures, un pincement au cœur m’assaille.
Les drames humains peuvent être fortement réduits si nos ministères prenaient à bras le corps certaines problématiques de réglementations et de normalisations dans notre cher pays.
A chaque drame, après l’émotion et la tristesse, tous les débats ne tournent qu’autour de l’aspect « faits divers » et politique.
Je vois rarement des débats de fond à la télé où les journalistes se tournent vers des techniciens, des scientifiques pour parler de l’aspect le plus important : LA CURE.
La première véritable question que l’on doit se poser est : COMMENT FAIRE POUR QUE CELA NE SE REPRODUISE PLUS ?
Parlons un peu technique.
Les établissements de santé font partie des ERP (Établissement Recevant du Public) de type U.
Dans le cas de la maternité de Linguère ou de l’hôpital de Tivaouane, il faut voir la catégorie des établissements.
/ ERP : Établissement recevant du public
Type U : Établissement de soins (d’autres établissements en font partie, mais ce n’est pas le sujet) n° catégorie : nombre de personnes pouvant être accueillies et nombre de lits d’hospitalisation
À partir de là, chaque détail de la construction du bâtiment est normalisé.
– La structure qui doit respecter une certaine stabilité au feu, des planchers avec un certain coupe-feu
– Des accès de secours avec des codes respectant une accessibilité facile de l’extérieur aux secours et aux pompiers,
– Un nombre de dégagements avec des largeurs minimums selon le nombre de personnes pouvant les prendre en cas d’urgence,
– Des conduits et des gaines aux sections et degrés de coupe-feu bien établis surtout quand ils relient plusieurs étages,
– Un nombre d’extincteurs suivant l’architecture et la surface des bâtiments, le désenfumage, etc.
– Sans compter les normes qui doivent régir le matériel utilisé dans les locaux après construction (Exemple: il ne s’agit pas de prendre du matériel qui crée des courts-circuits, car non adapté au réseau électrique)
Je ne suis pas en train de donner un cours, mais juste de faire comprendre que la construction d’un établissement de soin est régie par des règles extrêmement strictes.
Et c’est là que le système est défaillant.
Chers journalistes, voici quelques questions en vrac qui me semblent intéressantes pour la prochaine fois que vous aurez le ministre de la santé en interview :
Où sont les plans des bâtiments en cause ? Quel matériel a été utilisé dans les locaux où il y a eu les départs des incendies (couveuses, ventilations, climatiseurs, etc.), où sont les fiches techniques liées à ce matériel ? Quels sont les bureaux de contrôle qui ont validé ? Quels moyens ont été mis pour le suivi du respect des normes régissant les ERP ? Le maître d’œuvre avait-il connaissance de tout cela ? Y a-t-il eu une collaboration avec les pompiers pour s’assurer d’une rapidité de prise en charge en cas d’incendie ?
Et même si tout cela a été bien fait, y a-t-il eu un suivi dans le temps pour s’assurer de la bonne maintenance des bâtiments et du matériel utilisé ?
Si vous avez lu jusque-là, vous vous rendrez compte qu’il y a tout un processus défaillant, tout un système à revoir.
Il ne s’agit pas seulement de l’indiscipline d’une personne ni de l’incompétence d’un ministre, mais c’est beaucoup plus complexe.
Plusieurs ministères sont en cause dans ces affaires dont ceux des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, de la Santé et de l’action sociale, des Collectivités territoriales, du Développement et de l’Aménagement des Territoires, de l’Équité sociale et territoriale, de l’Emploi, de la formation professionnelle de l’Apprentissage et de l’Insertion.
Quand je vous disais que c’est tout un système défaillant.
Il nous faut des ministères qui collaborent étroitement dans certaines situations comme lors de la construction des établissements de santé, des aéroports, des gares, des infrastructures militaires, bref des bâtiments stratégiques qui doivent coûte que coûte rester debout même en cas de guerre.
Il faut un réveil citoyen collectif au Sénégal, sans pour autant mêler la politique dedans.
Des conseillers scientifiques respectés et écoutés au s**n d’un gouvernement sont indispensables.
Une continuité de l’état, c’est aussi une continuité des affaires scientifiques, car un pays ne se construit pas en 1 ou 2 mandats.
Une vision du développement des sciences sur une cinquantaine d’années (sans exagérer) pour rattraper un peu les pays riches n’est pas un rêve, mais une nécessité vu la démographie de nos pays.
PS La première version de cet article a été écrite le 28 avril 2021, au lendemain du drame à Linguère. Une mise à jour est faite le 28 mai 2022, au lendemain du drame à Tivaouane.
Wa Salam
Qu’ALLAH nous protège, qu’IL donne force et courage aux familles endeuillées.
Amin
Mandiaye Diallo
Directeur de la Construction Numérique
Expert Building Information Modeling
Ingénieur structures
Membre de la Fédération Nationale des Travaux Publics en France (Commission Numérique et Intelligence Artificielle)