[DOSSIER] Tout sur la politique de l’État en faveur de la diaspora

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Le gouvernement multiplie les initiatives en faveur des Sénégalais de la diaspora. La dernière en date : la décision de Macky Sall de faire passer de cinq à dix ans la validité du passeport.
Après avoir porté la diaspora au rang de quinzième région du Sénégal, Macky Sall semble vouloir, sans cesse, aller au-delà des déclarations d’intention. Ainsi cherche-t-il manifestement à joindre l’acte à la parole avec des mesures fortes en faveur des Sénégalais de la diaspora. La dernière dans ce sens est la multiplication par deux de la durée de validité du passeport. Une décision annoncée par le secrétaire d’État chargé des Sénégalais de l’extérieur, Moïse Sarr, dans un entretien paru dans L’Observateur, vendredi 11 juin.
« Monsieur le président de la République, pour soulager la diaspora, a décidé de procéder à une grande réforme du passeport, a-t-il-confié. En effet, il a pris la décision de faire passer la durée de validité du nouveau passeport, qui verra bientôt le jour, de cinq à dix ans, à l’instar de certains pays qui ont une forte communauté à l’étranger. »
En outre, Moïse Sarr a annoncé l’augmentation des centres de production, des valises mobiles d’enrôlement et la mise en place de centres satellite pour soulager les Sénégalais établis à l’étranger en termes d’établissement et de renouvellement du document de voyage.
Sens du timingCette « grande réforme » est un retour à l’ancien système. Á une époque, en effet, la validité du passeport était de dix ans. Certes, ce changement sera sans doute applaudi par de nombreux Sénégalais restés au Sénégal, qui assimilent à un chemin de croix l’accomplissement des formalités et les lenteurs pour l’établissement ou le renouvellement du passeport. Mais, il constitue une bonne nouvelle, surtout pour la diaspora. D’autant qu’avec la crise sanitaire, une frange importante de celle-ci n’arrivait plus à renouveler ou se faire établir le document de voyage.
« La pandémie de la Covid-19 a conduit de nombreux pays à adopter des mesures restrictives pour, d’une part, l’entrée sur leur territoire et, d’autre part, les déplacements dans leur territoire ainsi que le mode d’organisation des administrations », a rappelé le secrétaire d’État. Conséquence, signale-t-il, « nos missions diplomatiques et consulaires, qui abritent huit centres de production et huit valises mobiles, n’ont pu établir un nombre important de passeports depuis l’apparition de la pandémie ».
Et pour ne pas arranger les choses, a souligné la même source, « les missions itinérantes, d’habitude effectuées par le ministère de l’Intérieur dans des pays non dotés de centres et de valises mobiles, ont considérablement été inexistantes durant toute l’année 2020 à cause de la fermeture des frontières ». Ces missions ont repris en 2021, a précisé le membre du gouvernement, mais « timidement en raison du maintien de certaines restrictions décidées par certains pays ». Moïse Sarr informe qu’une solution est en cours de finalisation avec les autorités des pays d’accueil pour l’envoi des missions en Chine, au Brésil et en Argentine, entre autres.
Le secrétaire d’État parie que l’allongement à dix ans de la durée de validité du nouveau passeport sénégalais « réglera durablement, voire définitivement, la lancinante et récurrente question de l’établissement et de renouvellement de passeport dans la diaspora ». Il constitue, selon lui, la preuve que le Président Macky Sall porte « au cœur notre vaillante diaspora ».
Quinze députés et fonds spéciauxD’autres décisions antérieures, en direction des Sénégalais de l’Extérieur semblent conforter le secrétaire d’État. L’une des plus importantes reste l’adoption, en janvier 2017, de la loi accordant quinze sièges de député à la diaspora. Cette nouveauté figure parmi les principales réformes de la Constitution adoptées par référendum en mars 2016. Elle a porté le nombre de parlementaires à 165.
Les attentions du gouvernement en direction de la diaspora se traduisent aussi par la mise en place de fonds ou de programmes pour encourager ses entrepreneurs. Mises en place sous le Président Abdoulaye Wade, certaines de ces structures ont été renforcées avec l’élection de Macky Sall. D’autres ont été créées à partir de 2012.
Nous avons par exemple le Fonds d’appui à l’investissement des Sénégalais de l’Extérieur (FAISE). Institué par décret en juin 2008, ce fonds « vise à promouvoir les investissements productifs des Sénégalais de l’Extérieur disposant d’un minimum de ressources financières et désireux de réaliser leurs projets sur l’ensemble du territoire national ». Son budget est passé de 300 millions de francs CFA en 2012 à 3,5 milliards de francs CFA en 2018. Et en 2021, le chef de l’État a relevé l’inscription du budget d’investissement du FAISE à un milliard pour accompagner la réinsertion des migrants de retour, par la création d’entreprises. Par ailleurs, dans le cadre du Fonds Femmes Diaspora (FDD), le FAISE a financé 3144 projets pour un montant de 3 milliards 160 millions de francs CFA.
« Comme stipulé dans le Plan Sénégal émergent (PSE), le FAISE a pour objectif d’impliquer les Sénégalais de la diaspora dans les efforts de développement national, par la vulgarisation des opportunités d’investissements productifs. Concrètement, le Fonds offre un appui financier aux Sénégalais de l’extérieur dans la création et/ou la consolidation d’entreprises dans les secteurs porteurs de croissance », renseigne son administratrice, Sokhna Nata Samb Mbacké, dans une note publiée sur le site de l’institution.
Ce n’est pas tout. Le gouvernement, en partenariat avec l’Union européenne et l’Agence française de développement (AFD), a mis en place le Programme d’appui aux initiatives de solidarité pour le développement (PAISD). Il s’agit d' »un dispositif de mobilisation et de soutien aux actions de solidarité et aux initiatives économiques de la diaspora sénégalaise au profit de son pays d’origine ». Cette initiative est destinée aux Sénégalais établis en France, en Belgique, en Espagne et en Italie.
L’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises (ADEPME) mène également des actions dans ce sens. Á preuve, avec la Direction générale d’appui aux Sénégalais de l’Extérieur (DGASE), elle œuvre pour « l’amélioration de l’offre en services financiers à la clientèle diaspora et le renforcement de son accessibilité ». L’objectif est « d’accompagner les Sénégalais de la diaspora dans la réalisation de projets d’investissement économique privés dans leur pays d’origine ».
Douze milliards pour la résilience à la Covid-19Les appuis à la diaspora tiennent également compte de la conjoncture. Récemment, pour renforcer la résilience des Sénégalais de l’Extérieur face aux effets néfastes de la pandémie, qui a freiné les activités de la plupart d’entre eux, le gouvernement leur a affecté une enveloppe de 12,5 milliards de francs CFA. Ce montant était tiré du fonds Force Covid-19 de 1000 milliards mis en place dans le cadre du Programme de résilience économique et sociale (PRES) adopté par le gouvernement pour amortir le choc de la crise sanitaire.
C’est ainsi que pour assurer une bonne répartition de cette aide, le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur a mis en place une plateforme d’inscription qui a attiré 200 141 Sénégalais de 140 pays. Au total, 126 724 compatriotes ont pu bénéficier de l’aide, soit un niveau de satisfaction des demandes de plus de 63%.
Toujours dans le contexte de la pandémie, le gouvernement a procédé à des opérations de rapatriement de Sénégalais. Ainsi, du 20 mars au 30 juillet 2020, 12 584 personnes ont été rapatriées : 8465 en provenance d’Afrique, 3216 d’Europe, 652 des États-Unis d’Amérique et 251 d’Asie. Par ailleurs, 5203 compatriotes bloqués au Sénégal en raison de la fermeture des frontières ont été aidés à retourner dans leur pays d’accueil. Pour mener ces actions, le gouvernement a mobilisé 47 vols : 29 de rapatriement et 18 de convoiements vers l’Italie, subventionnés par l’État à hauteur de 200 euros (environ 130 000 francs CFA) par bénéficiaire.
Accès au logement et au foncierS’agissant de la promotion de la contribution de la diaspora au développement du Sénégal, l’une des priorités repose sur l’accès sécurisé des Sénégalais de l’Extérieur au logement et au foncier. Á ce titre, en rapport avec le ministère en charge du Logement, le ministère des Affaires étrangères travaille à faciliter la mise en œuvre ?des 20% du programme « Cent mille logements » réservés à la diaspora. Une tournée d’information, menée conjointement par les secrétaires d’État Moise Sarr et Victoire Ndèye (en charge du Logement), a récemment été menée au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire.
D’après nos informations, d’autres missions devraient suivre en Gambie, en Mauritanie, au Maroc, en Afrique centrale et dans le reste du monde. On apprend aussi que le ministère des Affaires étrangères cherche aussi à mobiliser la diaspora par la création de fédérations d’associations de Sénégalais de l’Extérieur, afin de pouvoir identifier ses interlocuteurs (« uniques et crédibles ») dans chaque pays. Cette démarche commence à porter ses fruits : elle a facilité la création de mutuelles de santé en Gambie et au Mali avec le soutien et l’encadrement de l’Agence de Couverture maladie universelle (ACMU). D’autres structures pourraient suivre en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et dans d’autres pays.
Nos sources nous informent aussi qu’une « offre assurantielle en faveur de la diaspora » aurait été finalisée afin de régler l’épineuse question du rapatriement des corps des Sénégalais décédés à l’étranger qui coûte pas moins de 600 millions au ministère des Affaires étrangères. Du côté des services d’Aïssata Tall Sall, la chef de la diplomatie sénégalaise, « on se félicite de la belle et efficace organisation des Dahiras et autres associations communautaires sénégalais qui ont mis en place des mécanismes de solidarité pour prendre en charge le rapatriement de nos compatriotes disparus ».
Nos informateurs soufflent que le ministère des Affaires étrangères travaille à la mise en place d’une plateforme interactive d’échanges et de dématérialisation des procédures et actes administratifs et consulaires. Cet outil, tel que décrit par nos sources, entrerait « dans le cadre de l’amélioration des services offerts par nos missions diplomatiques et consulaires aux compatriotes et pourrait davantage rapprocher l’administration des administrés, pour consacrer le principe de e-consulat et de consulat mobile ».
Opération de recensementEn août 2020, Macky Sall a demandé, pour une meilleure orientation des politiques à l’endroit de la diaspora, qu’il soit effectué un recensement des Sénégalais vivant à l’étranger. D’après nos informations, « le ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur est à pied d’œuvre pour répondre à cette instruction présidentielle ». Nous apprenons qu’il a mis en place, « de concert avec le ministère de l’Intérieur, un dispositif permettant d’obtenir des statistiques sur la base des détenteurs de passeports et de cartes nationales d’identité ».
L’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), nous dit-on, « interviendra également dans le cadre d’un recensement communautaire pour compléter les informations qui devraient être communiquées par les missions diplomatiques et consulaires ». « Cette opération a été bien engagée, indiquent nos sources. Mais elle a été freinée par la deuxième vague de la Covid-19. Aux dernières nouvelles, une relance du processus serait en cours. »
L’ensemble de ces efforts du gouvernement visent à faciliter le séjour à l’étranger des Sénégalais de la diaspora. Ils sont, en plus, de nature à les encourager à contribuer davantage au développement économique du pays en investissant massivement au Sénégal, dans des secteurs porteurs. Le chemin pour atteindre ces objectifs est encore long, mais la dynamique enclenchée dans cette perspective semble encourageante.