[dossier] (4/4) Profil: Kankourang, Un Mythe Difficile à Démystifier

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Kankourang, un mythe difficile à démystifier
Le ‘kankourang’ est un personnage mythique qui fait sa sortie à l’occasion du mois de septembre. Il suscite fascination et curiosité, longtemps considéré comme un rituel culturel chez la communauté mandingue de la région du Sud au Sénégal. Dans un accoutrement atypique synonyme de légende populaire, le kankourang capte toutes les attentions à chaque sortie en drainant une foule immense derrière lui menant de belles prestations chorégraphiques aux rythmes des mélodies des instruments traditionnels.
Seneweb a donc décidé de faire tomber le masque (ou presque) sur l’un des symboles de la communauté mandingue. 
 
Une immense foule accompagne le kankourang comme pour le galvaniser en cette journée du. A son approche, personne ne reste sur son passage. Les riverains particulièrement les femmes courent pour se réfugier chez elles afin de se protéger à cause de cette puissance mythique du kankourang. Il est interdit à ces dernières de regarder et de s’approcher du kankourang. Prises entre la peur et la curiosité, il est difficile pour ces spectatrices de résister à la tension. Derrière des portes entrebaillées ou derrière les fenêtres, elles ne peuvent s’empêcher de jeter un coup d’œil. La peur d’être attrapé et chassé par un ‘selbé’ fait monter l’adrénaline. Il ne faut surtout pas qu’elles voient le kankourang. Pas question de casser le mythe. Entre chœurs palpitants, courses effrénées et visages perlés de sueurs, l’excitation est à son comble.
 
Les percussions se font entendre ainsi que les coups de machettes. A l’occasion de sa sortie, il est accompagné par les ‘jumbo jumbo’. Ces derniers préparent le terrain en chassant les démons dès 6h. Tom est l’un d’eux. Son nom est connu de tous. Ce dernier a hérité de ses aïeux et continue de perpét**r la tradition. Il suit le kankourang en rythme avec son instrument de percussion appelé ‘sorouba’. «Cela accompagne le kankourang et vient de nos ancêtres et va de pair avec lui », a fait savoir Tom family. Tom et ses collègues commencent ainsi  à 6h du matin jusqu’à 10h, ensuite ils marquent une pause à 10h, reviennent  à 12h-16h et poursuivent jusqu’à 21h. 

Les ‘jumbo jumbos’ annoncent l’arrivée du kankourang qui se révèle aux spectateurs. Avec panache, il traverse la voie avec panache, deux machettes en mains. Les selbés lui servent d’escorte. Selon Cheikh, le président des selbés, leur tâche est un rôle de protecteur car ils protègent les circoncis et passent du temps avec eux. Ils encadrent aussi les enfants en transmettant les enseignements reçus par le langage, des gestes indéchiffrables par un non-initié. Il doit donc avoir certaines aptitudes. Le selbé doit être simple, humble et modeste pour se rabaisser au ‘kankourang’.

Un être tout en mystères

Faire la description de ce personnage mythique,  c’est s’aventurer sur un terrain glissant car étant un secret à protéger. Mais d’après les témoignages recueillis, il serait recouvert de fibres tirées d’écorces d’arbres et de fibres rouges d’un arbre appelé «faara». Certains disent même qu’il serait «vêtu» de feuilles, avec un corps peint de teintures végétales, maniant deux coupe-coupe et poussant des cris stridents. Mais ce qu’il faut retenir est que son apparition est marquée par une série d’étapes rituelles et quoi qu’il en soit, il est un mythe qui a une forme humaine  pour  ne pas choquer le monde.

Le kankourang est associé le plus souvent à la circoncision, étape essentielle de la constitution de l’identité que chacun doit franchir et qui s’accompagne de cérémonies complexes et variées. Il donne vie aux mythes fondateurs de l’ethnie et se situe à la croisée du sacré et du profane. Ce qui fait de lui un personnage rempli de mystères.