Discriminations, racisme, la couleur ou l’origine ethnique: Rappel d’un poignant discours de Malcolm X…

Il y a 56 ans, Malcolm X, activiste, révolutionnaire et combattant des droits de l’homme alors invité au sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) au Caire dénonçait avec vigueur le racisme dont sont victimes, les américains d’origine africaine. Il appelait déjà de tous ses vœux la fin «de pratiques discriminatoires», tout en exhortant les autorités gouvernementales des Etats-Unis d’Amérique «à intensifier leurs efforts, pour assurer l’élimination totale de toutes les formes de discrimination fondées sur la race, la couleur ou l’origine ethnique». Aujourd’hui, plus que jamais, la résonnance de cet appel sonne encore. Le décès ignoble de Georges Floyd, Afro-Américain de 46 ans, mort étouffé sous le genou d’un policier blanc de Minneapolis vient allonger la liste macabre d’afro américains souvent victimes de dérives, sur une population dont ils ne représentent que 13%. Voici quelques extraits de ce poignant discours.

Étant donné que ces 22 millions d’Afro-descendants résident maintenant en Amérique, non par choix, mais uniquement par un cruel accident de notre histoire, nous croyons fermement que les problèmes africains sont nos problèmes et que nos problèmes sont des problèmes africains. Nous croyons également qu’en tant que chefs des États africains indépendants, vous êtes les bergers de tous les peuples africains, partout dans le monde, qu’ils se trouvent encore sur la terre-mère ou qu’ils aient été dispersés outre-mer. En Amérique, nous sommes vos frères et sœurs, perdus depuis longtemps. Et si je suis ici, c’est uniquement pour vous rappeler que nos problèmes sont vos problèmes. Alors que les Afro-Américains se réveillent aujourd’hui, nous nous trouvons sur une terre étrangère qui nous a rejetés. Et, tel le fils prodigue, nous nous tournons vers nos frères aînés pour obtenir de l’aide. Nous prions pour que nos supplications ne tombent pas dans l’oreille d’un sourd.

Enlevés de force et enchaînés depuis le continent-mère

Nous avons été enlevés de force et enchaînés depuis le continent-mère, et cela fait maintenant plus de 300 ans que sur notre nouvelle terre, l’Amérique, nous subissons les formes les plus inhumaines de tortures physiques et psychologiques. Au cours des dix dernières années, le monde entier a vu nos hommes, nos femmes et nos enfants être attaqués et mordus par des chiens policiers vicieux, brutalement bastonnés par les matraques des policiers, ou encore arrosés par des jets d’eau à haute pression qui arrachaient nos vêtements ainsi que la chair de nos membres, nous projetant vers les égouts tels des déchets. Nos problèmes sont vos problèmes. Nous avons vécu pendant plus de 300 ans dans cette tanière américaine de loups racistes, dans la crainte constante de perdre la vie ou d’être taillés en pièces. Récemment, trois étudiants kényans confondus avec des Noirs américains ont été brutalement frappés par la police de New York. Peu de temps après, deux diplomates ougandais ont également été battus par la même police, qui les avait pris pour des Afro-Américains. Si des Africains sont ainsi traités alors qu’ils ne font que visiter l’Amérique, imaginez les souffrances multiples qu’endurent vos frères et sœurs qui vivent sur cette terre.

Notre problème est votre problème

Vos problèmes ne seront jamais entièrement résolus tant que les nôtres ne le seront pas. Vous ne serez jamais pleinement respectés tant que nous ne serons pas, nous aussi, respectés. Vous ne serez jamais reconnus en tant qu’êtres humains libres tant que nous ne serons pas, nous aussi, reconnus et traités comme des êtres humains libres. Notre problème est votre problème. Ce n’est ni un problème de Noirs ni un problème spécifiquement américain. C’est un problème mondial, un problème qui engage l’humanité tout entière. Ce n’est pas un problème de droits civiques mais un problème de droits humains.

Nous connaissons cet homme qui se fait appeler «Oncle Sam»

Dans l’intérêt de la paix et de la sécurité mondiale, nous implorons donc les chefs des États africains indépendants de proposer une enquête immédiate sur la situation des Afro-Américains, sous l’égide de la Commission des droits de l’homme des Nations unies. Un dernier mot, mes frères bien-aimés, à l’occasion de ce sommet africain : «Personne ne connaît mieux le maître que son serviteur.» Nous sommes des serviteurs en Amérique depuis plus de 300 ans. Nous avons une connaissance approfondie de cet homme qui se fait appeler «Oncle Sam». Par conséquent, vous devez tenir compte de notre avertissement. N’échappez pas au colonialisme européen pour devenir encore plus esclaves d’un dollar américain trompeur et amical.

Malcolm X (Avec jeuneafrique.com)