Des journalistes à l’école de la culture de dialogue et de la concertation

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« Les journalistes promoteurs du dialogue social doivent-ils jeter de l’huile sur le feu, quand il y a un conflit social dans une entreprise donnée, comme ils savent si bien le faire parfois, ou alors doivent-ils j***r aux sapeurs-pompiers au nom de leur engagement pour la paix sociale ? ».
Cette question du président du Réseau des journalistes en dialogue social (Rejdis), François Xavier Thiaw, mérite d’être posée dans un sens où les acteurs de médias sont témoins des conflits sociaux dans l’espace public.


En effet, l’apport et le rôle des médias dans la construction d’un socle solide pour une culture de dialogue, de concertation et d’apaisement ne sont plus à démontrer.
« La délicatesse de votre métier vous place fatalement et régulièrement au cœur des conflits de travail et les acteurs du monde du travail ont tendance à vouloir s’appuyer sur vous pour faire aboutir leurs points de vue », confirme M. Dramane Haïdara, Directeur de l’Equipe d’appui technique au travail décent de l’Oit.
Le monde des médias ayant un rôle à j***r dans la consolidation de la paix sociale au Sénégal, une trentaine de journalistes sont en conclave à Saly. Ils vont être formés sur « la consolidation d’une culture de dialogue et de la concertation ».
« Compte tenu de la complexité de ces relations de travail et du nouvel environnement économique du Sénégal, il est nécessaire de renforcer les aptitudes de l’ensemble des journalistes, afin de leur permettre de cerner le sens et la portée des techniques de dialogue social. Cette approche permettra aussi aux journalistes de mieux assumer leur fonction de collecte, de traitement et de diffusion de l’information », indique M. Thiaw.
Considéré comme le quatrième pouvoir, pour Dramane Haïdara, « la vitalité d’une démocratie se mesure, entre autres, par la vitalité de sa presse et de ses médias. Il en est ainsi parce que les médias alimentent, par leurs contributions, toutes les dynamiques politiques, économiques et sociales ».
Mieux, dit-il, « les médias éduquent et forment les citoyens d’aujourd’hui et de demain. Ils sont créateurs et promoteurs de valeurs d’humanisme et d’un vivre-ensemble plus pacifique et plus productif. Ils ont la capacité d’alimenter les conflits tant dans le sens de l’apaisement que dans le sens de l’aggravation. C’est une question de liberté et donc de responsabilité’’.


Si la responsabilité du journaliste est engagée, cette formation leur permettra d’avoir les outils techniques pour faire la lecture des événements du monde du travail et pour apprécier l’évolution des relations de travail et de production.
De plus, elle leur donnera les moyens de mesurer l’allure de chaque acteur dans la construction de la paix sociale.
« Sentinelles de la cité, vous êtes par vos métiers et vos productions aiguilleurs des consciences », a affirmé M. Haïdara. Pour lui, même si la façon dont ils traitent une information peut ne pas être neutre, il est primordial et essentiel qu’ils aient conscience qu’ils doivent aider à gérer, à éteindre et à prévenir les conflits.
« La croissance n’aime pas le bruit et le bruit chasse la croissance. Le progrès social, même s’il est le fruit de grandes luttes, s’accommode difficilement de bruit sur une longue période. Et pour éviter le bruit, il faut se donner des garanties mutuelles ; il faut s’imposer des règles ; il faut s’offrir des couloirs de sécurité. Les médias permettent de créer ces couloirs de sécurité, en offrant aux acteurs des images d’eux-mêmes, des images qu’ils ne pourront pas s’offrir parce qu’étant souvent trop impliqués dans les processus », confie M. Haïdara.