Demba Ba soutient le président turc: « ce n’est pas parce que l’Europe diabolise Erdogan que je devrais le diaboliser. Je ne suis pas contre lui »

Les supporters parisiens ne l’ont pas oublié. En inscrivant un but en fin de rencontre, l’ancien attaquant de Chelsea Demba Ba avait éliminé le PSG en quart de finale de la Ligue des champions en 2014. L’attaquant international sénégalais de Başakşehir va recroiser ce mercredi soir la route du PSG dans la capitale turque lors de la 2e journée de Ligue des champions. «Nous allons aborder cette rencontre avec l’ambition de faire un résultat», indique Demba Ba au Parisien. Cette rencontre intervient dans le contexte d’un différend entre les présidents Erdogan et Macron, ce qui ne lui est pas indifférent.

A cause de votre but, le PSG a dû attendre six ans de plus pour rallier le dernier carré de la Ligue des champions…
Plutôt que de priver le PSG, j’avais surtout permis à Chelsea de se qualifier pour les demi-finales. J’ai vécu un moment particulier car je suis né à dix minutes de Paris et que je supporte le PSG depuis mon enfance. Mes frères étaient dégoûtés après l’élimination de Paris. J’avais failli ne pas rentrer chez moi après notre qualification…
Êtes-vous toujours supporter du PSG ?
Bien sûr ! J’ai même proposé au coach adjoint de m’occuper de la séance vidéo avant notre rencontre de Ligue des Champions. Il n’y a pas une personne dans notre club qui ait regardé autant de matchs du PSG que moi!
Qu’a-t-il manqué au PSG pour devenir champion d’Europe ?
De l’expérience. Très peu d’équipes ont gagné en finale lors de leur premier rendez-vous. C’était déjà très bien d’arriver à ce stade de la compétition, même si la gagner aurait été exceptionnel. Les Parisiens ont emmagasiné de l’expérience qui leur servira dans le futur.

L’équipe du PSG est-elle meilleure que celle de la saison dernière ?
Oui. Ils ont perdu des joueurs très importants comme Cavani, mais les recrues sont excellentes comme Florenzi, très utile en latéral droit, Moise Kean, un futur talent, Rafinha, qui possède d’énormes qualités, et Danilo Pereira. Le PSG a bonifié son groupe.
Avez-vous été surpris par leur défaite à domicile contre Manchester United (1-2) lors de la première journée ?
Oui, car le PSG a toujours été intraitable à domicile lors de la phase de groupe de la C1. Nous allons aborder cette rencontre avec l’ambition de faire un résultat.
Istanbul Başakşehir est présidé par le mari de la nièce d’Erdogan. Quand on est joueur pro, attache-t-on de l’importance à l’identité du propriétaire et aux sympathisants de son club ?
Évidemment ! Lorsque je joue pour un club, c’est important de connaître les valeurs que véhicule celui-ci. La vision occidentale d’Erdogan est celle d’un dictateur, mais si c’était le cas, il utiliserait son pouvoir pour qu’on soit champion systématiquement. Le président de la Turquie a une attache particulière avec l’Istanbul Başakşehir, mais il n’interfère pas dans la vie de celui-ci. Ce n’est pas parce que l’Europe diabolise Erdogan que je devrais le diaboliser. Je ne suis pas contre lui.
Comment expliquez-vous votre début de saison poussif (11e après 6 journées) ?
Après avoir remporté notre premier championnat, ce n’est pas simple de repartir. La saison dernière a été très longue et on a dû enchaîner avec la nouvelle sans avoir bénéficié d’une grosse coupure. On va faire ce qu’il faut pour vite rebondir.
Pourquoi êtes-vous parti en Chine entre 2015 et 2019 au Shanghai Shenhua ?
J’avais repoussé trois offres pendant trois mois, car je ne voulais pas y aller. Les Chinois n’avaient pas abandonné et Besiktas pouvait toucher un beau pactole. Les Turcs m’ont alors dit : «ce serait bien pour toi…» (rires). Mon agent m’a assuré que je ne recevrai jamais une telle offre dans ma vie. Finalement, j’ai signé et j’ai vécu une belle expérience en apprenant une nouvelle culture tout en réalisant également de belles statistiques avec 29 buts en 35 matchs lors de la première saison avant de me casser la jambe.
Comment éradiquer le racisme dans le foot ?
Avant d’être un problème footballistique, c’est un problème sociétal. Les plus grosses instances du monde ne daignent pas le combattre. Quand tu vois le policier responsable de la mort de George Floyd libéré sous caution… On vit dans un monde de haine. Je la ressens en France entre des minorités et des Français de souche. Dans toutes les communautés, il y a des bons et des mauvais. On doit juger les gens pour ce qu’ils font et non ce qu’ils sont. A notre échelle de joueur de foot, on peut imiter l’attitude de Moussa Maréga (étant la cible de cris racistes, le joueur du FC Porto avait quitté le terrain lors d’un match de championnat le 16 février 2020) mais si des manifestations de racisme dans un stade se reproduisent, il faut que les 22 acteurs quittent le terrain. C’est aux joueurs de prendre leur responsabilité !
Comment vivez-vous cette période du Covid-19 ?
J’espère que l’épidémie va s’arrêter au plus vite. A titre personnel, cela a peut-être été paradoxalement une des meilleures périodes de ma vie car je me suis retrouvé à la maison avec mes enfants.