Covid-19 : l’immunité croisée, c’est quoi exactement ?

L’hypothèse de l’immunité croisée postule que, si on a déjà attrapé un rhume provoqué par un coronavirus, on pourrait être protégé contre le Covid-19. Une théorie (très) controversée.

Le saviez-vous ? Au-delà du célèbre virus Sars-Cov-2 (qui provoque le Covid-19), la famille des coronavirus est très étendue : on peut, par exemple, mentionner le coronavirus MERS (à l’origine d’une épidémie au Moyen-Orient dans les années 2010) ou encore le coronavirus Sars-Cov-1 (responsable du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère ou SRAS).
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Et il y en a beaucoup d’autres, moins connus mais très répandus : ainsi, 4 coronavirus (229E, NL63, OC43 et HKU1) sont responsables de 20 % des rhumes hivernaux.
L’immunité croisée, qu’est-ce que c’est ?

Partant du principe qu’il existe des points communs entre les virus qui composent la famille « coronavirus », des chercheurs de l’Université de Californie (aux États-Unis) ont émis l’hypothèse que les personnes ayant déjà attrapé un rhume (issu d’une des 4 souches mentionnées ci-dessus) avaient peut-être déjà des anticorps potentiellement efficaces contre le coronavirus Sars-Cov-2.

Leurs travaux, publiés en juin 2020 dans la revue spécialisée Cell, ont fait beaucoup de bruit : les chercheurs y expliquent que notre système immunitaire, s’il a été exposé par le passé à un rhume provoqué par un coronavirus, « garde en mémoire » ce contact et est ainsi capable de combattre d’autres coronavirus proches – c’est le principe de l’immunité croisée. Les scientifiques américains estimaient à l’époque que 40 % à 60 % de la population pourrait ainsi être naturellement immunisée contre le Covid-19.

Cette hypothèse a été nourrie au mois de novembre 2020 : des chercheurs du Francis Crick Institute (en Angleterre) ont étudié des échantillons sanguins et ont découvert que certaines personnes n’ayant jamais été infectées par le coronavirus Sars-Cov-2 possédaient quand même des anticorps capables de lutter contre le virus à l’origine du Covid-19. Les scientifiques britanniques postulaient que 44 % des enfants âgés de 1 à 16 ans disposaient déjà de ces anticorps spécifiques…

Des travaux porteurs d’espoir. « Une partie non négligeable de la population pourrait ne pas être sensible au coronavirus, parce que des anticorps non-spécifiques de ce virus peuvent l’arrêter » avait réagi l’épidémiologiste Laurent Toubiana. « Cette étude est très intéressante, avait souligné le professeur Jean-Daniel Lelièvre, interrogé par nos confrères du Parisien. (…) Mais il faudra la confirmer car elle n’a été menée que sur une vingtaine de personnes. »
L’immunité croisée, ça fonctionne vraiment ?

Pas sûr. Car, suite à ces deux études prometteuses, des travaux complémentaires ont été lancés. Et leurs résultats sont bien moins optimistes… Ainsi des chercheurs de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’AP-HP et de l’Université de Paris ont montré dans une étude (publiée en juillet 2020 et réalisée dans 7 hôpitaux français auprès de 775 enfants) qu’une exposition importante aux coronavirus saisonniers ne garantissait pas une protection contre le virus Sars-Cov-2.

« La très grande fréquence et le taux important d’anticorps contre les coronavirus saisonniers dans la population générale n’empêchent pas les infections par ces virus chaque hiver » avait d’ailleurs fait remarquer Marc Eloit, responsable du Laboratoire de Découverte de pathogènes à l’Institut Pasteur et co-auteur de ces travaux. L’immunité croisée, mythe ou réalité ? La Science n’a pas encore tranché.

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