Coronavirus : Du « Khar Yallah » de l’Etat nous passons au flottement (Thierno Bocoum)*

Quand nous alertions, il y a un mois, sur l’arrivée imminente du coronavirus et pour une anticipation de sa gestion, nous avions été vertement attaqués. Puis quand le virus a pénétré cette porte de l’Afrique qu’est notre pays, nous avons préféré contribuer modestement à la sensibilisation. Et nous en avons appelé à l’implication de tous nos compatriotes.

Cependant, l’idée de vouloir installer l’omerta sur cette question sous prétexte qu’elle devrait être un sujet de cohésion nationale ou qu’elle serait réservée aux initiés, ne peut prospérer face aux impairs d’un État complètement en déphasage avec les attentes de l’heure. C’est la vie de tous les Sénégalais et des étrangers qui vivent parmi nous qui est en jeu.

Il est temps que l’Etat se ressaisisse. La question de moyens n’était pas la plus importante au début de l’épidémie en Chine et en Europe. Il fallait anticiper en mettant l’accent sur la sensibilisation et les mesures préventives. Aujourd’hui que l’épidémie commence à prendre forme dans notre pays, nos moyens limités seront davantage sollicités sans qu’une gestion efficace de l’épidémie ne soit évidente au rythme où vont les choses.

Il ne s’agit pas de gérer une question exclusivement médicale. La stratégie doit prendre en compte énormément de facteurs qui vont au-delà des compétences des valeureux spécialistes de la santé. Il ne faudrait pas attendre tranquillement que les différents stades de l’épidémie soient atteints sous nos yeux. Il faudra anticiper puisque ni nos moyens financiers ni nos moyens humains encore moins nos moyens techniques ne pourront faire face au dernier stade de l’épidémie.

Déjà que les patients qui n’ont rien à voir avec le Covid-19 ont du mal à être convenablement pris en charge.

Le fait que le président de la République décide de ne pas serrer la main est plutôt une bonne chose contrairement a beaucoup d’autres avis. Il doit donner l’exemple mais il doit savoir qu’il est plus un vecteur de décision qu’un agent publicitaire.

Les décisions attendues doivent aller dans le sens d’éviter tout contact à risque. La période d’incubation et les formes de transmission permettent au Covid-19 de passer entre les mailles des filets des techniques de contrôle et de prévention.

Contrairement à certains pays, nous sommes encore vulnérables à partir de nos frontières sans compter les déplacements inter régionaux qui font courir des risques aux zones non infectées. Les cas testés positifs peuvent apparaître partout et à tout moment. Nous devons veiller à mettre en place des mécanismes de gestion locaux et mettre totalement le focus sur le contact physique.

Tous les pays qui ont résisté au début de la menace de l’épidémie ont fini par prendre certaines décisions majeures. Ce sont des cas d’école à suivre face à une épidémie qui garde encore ses mystères.

Les rassemblements politiques, sportifs, religieux, culturels bref toute sorte de rassemblement doit être interdit.

Les écoles et universités doivent êtres fermées en anticipant les vacances de Pâques.

Des mesures provisoires qui devraient nous permettre de circonscrire l’épidémie et d’arrêter sa progression.

Nous ne devons pas attendre de cogner le mur pour savoir qu’il se dresse devant nous. Cette forme de gestion à l’aveuglette aurait des conséquences catastrophiques pour notre pays si l’on y prend garde.

* Président du mouvement AGIR