Coronavirus (Covid-19) : le témoignage de Julie, assistante de régulation médicale au SAMU

Les assistant(e)s de régulation médicale prennent en charge des patients aux pathologies de plus en plus sérieuses. Au front, Julie est confrontée à un quotidien où les décès succèdent à des situations dramatiques, le choix de savoir qui sauver en priorité se posant forcément.

Vous avez demandé le 15, ne quittez-pas ! En première ligne face à l’épidémie de Covid-19, Julie est assistance de régulation médicale (SAMU) en région PACA. Depuis une semaine, elle constate une augmentation des appels au 15 pour des patients en détresse respiratoire. Souvent,il s’agit de personnes, qui avaient déjà appelé la semaine précédente pour des symptômes bénins, mais dont l’état de santé s’est rapidement dégradé.
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Comment orientez-vous les patients pris en charge vers les hôpitaux de la région ?

Avec le médecin régulateur, on regarde régulièrement où se trouvent nos places de réa. On a aujourd’hui un peu plus d’outils, comme un accès au ROR (répertoire opérationnel des ressources) afin de savoir quels lits sont disponibles. On n’hésite d’ailleurs pas à appeler directement dans les services afin de savoir s’il reste ou non de la place et si les médecins sont d’accord pour recevoir tel ou tel patient. On dispatche ensuite en fonction de leur niveau de saturation, tentant de répartir équitablement afin d’éviter qu’un hôpital soit trop débordé par une arrivée massive de cas graves. L’organisation commence à être bien mise en place au sein des hôpitaux puisque l’on dispose de tentes PMA (Poste Médical Avancé) à l’entrée des urgences qui s’occupent de faire le tri. Tous les patients qui arrivent avec une suspicion de Covid, détresse respiratoire et oppression thoracique, passent donc pas ces tentes où tout l’équipement nécessaire est à disposition.
Avec le manque de places et le nombre croissant de patients graves, y-a-t-il des critères de prise en charge en réanimation tels que l’âge, les antécédents médicaux… ?

Oui. J’y ai été hélas confrontée par deux fois en un week-end. Tous les jours on est certes confrontés à la mort, cela fait partie de notre métier. Demander à une dame de 80 ans de masser son mari parce qu’il est en arrêt cardiaque, on le fait souvent. Là je me retrouve à faire des choses encore plus difficiles. J’ai reçu par exemple des appels de personnes en détresse respiratoire, notamment dans les EHPAD ou même à domicile, et vu l’état que me décrivait la personne au téléphone, je savais très bien que j’allais faire réguler cet appel au médecin tout en connaissant déjà la réponse… Ces personnes hélas allaient mourir ! J’avoue que c’est quelque chose qui m’a beaucoup touchée surtout que, malheureusement, ce sont des situations qui prochainement vont inévitablement nous arriver de plus en plus fréquemment. Il y a donc effectivement des critères à respecter pour ne pas engorger les hôpitaux. C’est une « loi » qui existe de toute façon en temps normal. Si je n’ai qu’un SMUR de disponible, c’est sûr que je vais l’envoyer sur le patient de 50 ans sans antécédent plutôt que sur la personne grabataire de 85 ans. On se met alors forcément à la place de celle qui travaille en Ehpad, comme cela a été le cas ce week-end. L’infirmière m’a appelée pour un monsieur qui était en grande détresse respiratoire, une suspicion Covid car il y avait des cas avérés dans cet EHPAD. J’ai dû me résoudre à lui demander de laisser « partir » ce monsieur le plus tranquillement possible, en l’accompagnant. Ça fait vraiment mal au cœur !
Comment fait-on pour tenir psychologiquement face à tous ces drames ?

Une cellule psychologique a été mise en place, mais franchement on n’a pas, pour le moment, le temps d’y penser. Nous avons la tête dans le guidon. On s’occupera de nous lorsque la crise sera terminée. Les patients d’abord et nous ensuite ! Lorsque je passe une nuit vraiment difficile, j’ai mon petit rituel. Je pleure dans la voiture avant de rentrer à la maison afin de ne pas ramener chez moi toutes ces situations dramatiques que je viens de vivre. On s’imagine nos parents, nos grands-parents et on se dit forcément : « ça pourrait être eux ! ». Il faut être toujours opérationnel et ne pas se laisser submerger par nos émotions. C’est ça la vie du 15 !

On fait des semaines de 50 ou 60 heures. Les équipes sont épuisées. À mon poste, qui reste assez méconnu, Madame Buzyn a mis en place une certification que l’on doit tous passer et qui préconise de ne recruter aujourd’hui que des personnes certifiées. Actuellement, on me demande de gérer une crise sanitaire nationale et, dans le même temps, on m’oblige à passer une certification pour s’assurer que je suis bien apte à exercer un métier qui est le mien depuis 10 ans ! C’est totalement hallucinant. Le président Macron nous fait de belles promesses, mais franchement je me demande si l’on va en voir la couleur !

Retrouvez l’intégralité de l’interview de Julie sur le site Agents d’entretiens

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