Convention démocrate, jour 4 : Joe Biden se pose en garant des valeurs de l’Amérique

Le candidat à la Maison Blanche Joe Biden a formellement accepté, jeudi soir, l’investiture du Parti démocrate. Cette dernière soirée de convention virtuelle a mis l’accent sur la personnalité et les valeurs du septuagénaire qui se veut le porte-drapeau d’une Amérique enfin réunie.

Après quatre jours de convention virtuelle, les démocrates ont tout de même eu droit à leurs feux d’artifices, jeudi 20 août. Ils ont été tirés depuis un parking de Wilmington, dans l’État du Delaware, où le public a pu suivre en mode « drive in », chacun dans sa voiture, Joe Biden accepter l’investiture du parti. Le candidat à la Maison Blanche a même pointé le bout de son masque sur une estrade installée pour l’occasion, aux côtés de son épouse Jill et de sa colistière Kamala Harris.

Lors de son discours, quelques minutes auparavant, il s’est présenté comme le garant des valeurs de l’Amérique : « Le caractère, la compassion, la décence, la science, la démocratie, tout cela est en jeu », a-t-il prévenu. Sans jamais prononcer le nom de son rival Donald Trump, Joe Biden a appelé à l’unité, afin de « surmonter une époque sombre ». « Il y a trop de colère, trop de peur, trop de division », a-t-il regretté.

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L’ex-vice-président s’en est pris au leadership du républicain, incapable selon lui de faire face à « quatre crises historiques en même temps » : sanitaire, économique, raciale et climatique. Il a aussi cherché à se poser en commandant en chef : « Le temps des flirts avec les dictateurs est terminé », a-t-il prévenu.

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« Je serai un président américain« 

Sans entrer dans les détails de son programme – ça n’est pas vraiment l’objet d’un tel discours – le septuagénaire a promis de représenter tous ses concitoyens sans exception. « Bien que je sois un candidat démocrate, je serai un président américain », a-t-il assuré, soucieux d’attirer les votes du camp progressiste comme du camp centriste.

Pendant les deux heures qui ont précédé ce discours plus maîtrisé que ce que beaucoup craignaient, l’accent a été mis sur la personnalité du candidat. « Joe fait preuve d’empathie, il est honnête, c’est un homme décent et en ce moment particulier de l’histoire américaine, mon Dieu, c’est ce dont notre pays a absolument besoin », a souligné Bernie Sanders, son rival socialiste lors des primaires.

Comme pour contrer les attaques de Donald Trump, qui avait récemment affirmé que Joe Biden était « contre Dieu », le parti a cherché à dresser le portrait d’un homme de foi. Issu d’une famille catholique originaire d’Irlande, il serait le deuxième président américain de cette confession, après John F. Kennedy, s’il était élu en novembre.

Bégaiement et sacrifice

« Joe Biden va tellement souvent à l’église qu’il n’a même pas besoin de gaz lacrymogènes ni de troupes fédérales pour l’aider à s’y rendre », a raillé la maîtresse de cérémonie de la soirée, la comédienne Julia Louis-Dreyfus, connue pour son rôle de vice-présidente délurée dans la série « Veep ». Une référence à peine voilée au moment où Donald Trump a violemment fait chasser, en juin, des manifestants anti-racistes des environs de la Maison Blanche pour se rendre devant une église, une Bible à l’envers à la main.

La prestation de Julia Louis-Dreyfus a permis d’égayer une soirée souvent marquée par des moments lourds. Comme l’intervention émouvante de ce jeune garçon qui a raconté comment Joe Biden l’a aidé à maîtriser son bégaiement en lisant des poèmes à voix haute. Le candidat a souffert – et semble encore parfois souffrir – du même problème d’élocution. Joe Biden « m’a dit que nous appartenions au même club : nous bégayons. Cela a vraiment été incroyable d’entendre que quelqu’un comme lui soit devenu vice-président ».

La soirée a aussi été l’occasion d’évoquer les grands drames de la vie du candidat : la mort, en 1972, de sa première femme Neilia et de sa fille Naomi, alors bébé, puis celle de son fils Beau, qui a succombé à un cancer en 2015. Des expériences douloureuses qui ont permis à Joe Biden de délivrer un message réconfortant à l’égard des familles de victimes du Covid-19. « Je comprends qu’il est dur d’avoir de l’espoir en ce moment. Je sais ce que ça fait de perdre quelqu’un qu’on aime », a-t-il lancé, affirmant que ses proches étaient « toujours avec lui » et que ces épreuves lui avaient permis de trouver un but à sa vie.

Son objectif, aujourd’hui, c’est le Bureau ovale. « La fin de ce chapitre sombre de l’Amérique démarre ici, ce soir », a-t-il proclamé. « C’est une bataille pour l’âme de cette nation », avait résumé avant lui Pete Buttigieg, ancien candidat aux primaires, en reprenant ce qui est devenu le slogan de campagne officieux de Joe Biden. Après avoir passé des mois à mettre l’accent sur cette âme et ces valeurs, il reste au prétendant à la Maison Blanche dix semaines pour convaincre les électeurs, cette fois, en articulant des propositions concrètes.