Cohésion sociale : Un Conseil supérieur des religieux préconisé

Face à l’émergence d’une nouvelle élite intellectuelle et religieuse, le Cadre unitaire de l’islam du Sénégal appelle à la création du Conseil supérieur des religieux et à la renégociation du contrat social.
Les confréries ont longtemps participé à la stabilité sociale du Sénégal. Disposant d’une autorité certaine, grâce à la soumission – une donnée fondamentale entre le marabout et le disciple – les « tarikhas » ont pu mobiliser les populations autour d’activités économiques, sociales et culturelles, admet le Cadre unitaire de l’islam au Sénégal.
Cependant, cette association pense qu’il y a de nouvelles dynamiques, au sein et en dehors des foyers religieux, qu’il faut intégrer dans le processus de préservation de la paix et de la stabilité au Sénégal. « Depuis quelques dizaines d’années, d’autres groupes non confrériques ont également développé des dynamiques d’encadrement utiles pour des franges de la population sénégalaise », souligne un communiqué repris paru dans le journal « Avenir Info », un magazine bilingue (arabe/français).
D’où l’appel à la création d’un Conseil supérieur des religieux de la part de cette organisation qui regroupe les commissions culturelles des confréries et les autres courants de pensée, tels que les ibadous rahmane, les chiites, des associations d’imams, d’autres organisations religieuses, la société civile et des universitaires.
Le Cadre unitaire de l’islam appelle à ce que les nouvelles élites intellectuelles « porteuses d’une ‘nouvelle conscience' » soient intégrées dans les relations entre l’Etat et les religieux.
« L’intelligence des positions et des décisions au niveau des pouvoirs religieux est stimulée et structurée par ces acteurs qui reproduisent les figures des intellectuels des confréries (Cheikh Ibrahima Niasse, Cheikh Tidiane Sy, Cheikh Mbacké Gaindé Fatma, etc.). Leur nombre, leurs nouvelles compétences, leur modernisme et l’amplification de leur pensée par les réseaux en font des acteurs incontournables dans l’espace public », lit-on dans le document.
« Sans complexe, bardés de diplômes… »
A ceux qui seraient tentés de douter du niveau intellectuel de ces nouvelles figures, le cadre rappelle qu’elles sont sorties des mêmes écoles que les élites intellectuelles classiques. Plus le statut de chef religieux. 
Par conséquent, ces nouveaux visages exigent la place qui leur revient dans les instances de prises de décisions qui engagent l’avenir du pays. « Sans complexe, bardés de diplômes et de compétences diverses, ils bénéficient également de la légitimité maraboutique traditionnelle et ont le potentiel pour réconcilier les élites de ce pays et lui assurer une meilleure cohésion nationale », revendique-t-on.
Reprenant à son compte des interventions des professeurs Souleymane Bachir Diagne et Ibrahima Thioub, le Cadre unitaire de l’islam pense qu’il est irréaliste de vouloir écarter les religieux de la sphère publique, alors que les hommes et femmes qui la composent ont une « manière d’être et de penser (…) fortement colorée par la religion ». Surtout que les acteurs politiques eux-mêmes revendiquent leur appartenance religieuse. Ce qui crée un « monde avec deux répertoires », selon la formule du Pr. Thioub.
Rediscuter les notions de laïcité, droits humains…
Le cadre pense qu’il faut donc renégocier le contrat social, rediscuter les principes, symboles et posture qui font du Sénégal un pays stable, afin de renforcer l’édifice.  « Plus largement, les notions de ‘’République’’, de ‘’démocratie’’, de ‘’laïcité’’, de ‘’Droits de l’homme’’, de ‘’Code de la famille’’, de ‘’genre’’ sont requestionnées au Sénégal plus ou moins explicitement par de larges parts de la société depuis quelques années », fait-on remarquer.
L’organisation religieuse pense qu’il faut, dès lors, redéfinir des concepts comme la laïcité et certains humains. Des notions source de tension en ce sens qu’elles sont défendues par les uns comme principes immuables et adaptées à la configuration institutionnelle et politique du pays, mais rejetés par une frange qui n’y voient rien d’autres qu’un corps étranger, un prolongement de la mission civilisatrice du colon.
Dans ce contexte d’aspiration forte à la décolonisation culturelle, souligne l’organisation, mieux vaut donc prévenir les risques de confrontation par le renouvellement du contrat social, en y ajoutant les nouvelles dynamiques avec leurs idées, discours, pratiques…