Can-2019 : Quand Jürgen Klopp fâchait la Guinée pour Naby Keïta

Le pays, qui rencontre Madagascar, ce samedi soir (22 heures), n’a pas du tout apprécié de voir l’entraîneur de Liverpool annoncer prématurément le forfait de Naby Keita pour la CAN.

Jürgen Klopp ne devait pas s’attendre à un tel tourbillon. Au surlendemain de la défaite à Barcelone (0-3), le 3 mai, en demi-finales aller de la Ligue des champions, l’entraîneur de Liverpool s’était fendu de propos alarmistes sur la santé de Naby Keita, vingt-quatre ans. « Il souffre d’une grosse blessure aux adducteurs, son tendon est rompu. Il est forfait pour les deux prochains mois. C’est une mauvaise nouvelle pour nous, mais aussi pour la Guinée car la CAN débute bientôt. » Un vrai choc au pays. On ne touche pas à l’icône sans certaines précautions d’usage, on n’évoque pas l’avenir de la star dans la compétition phare d’Afrique sans peser ses mots. Klopp s’est mis illico Conakry à dos.

La réponse, cinglante, est tombée de la bouche d’Antonio Souaré, le président de la Fédération. Pas question de se laisser dicter sa conduite par Klopp. Le 5 mai, Il a répliqué dans Football Factory, émission célèbre, l’équivalent de Téléfoot. « À ce que je sache, les adducteurs ne peuvent pas l’empêcher de jouer la CAN à partir du 22 juin. Il faut que l’entraîneur de Liverpool se ressaisisse. Naby appartient à un État avant d’appartenir à Liverpool. Il s’est précipité et c’était prétentieux de faire de telles déclarations. Il faut qu’il laisse les médecins faire leur boulot. Ce qu’on sait, c’est que Naby jouera la CAN ! »

Même s’il ne débutera pas ce samedi soir contre Madagascar – et peut-être pas le prochain match non plus -, le staff n’a jamais imaginé le laisser à la maison. Keita reste Keita. Mais ce coup de chaud a contraint Deco, son surnom, à jouer les médiateurs. Pris entre son club et sa terre natale, le joueur a tenté de gérer à sa manière ce malaise profond. « Naby m’a appelé pour me demander de calmer les choses, raconte Sega Diallo, producteur de l’émission et célèbre journaliste guinéen. Il m’a dit qu’il irait voir le club mais qu’il serait à la CAN. Ce discours a fait du bien car c’était vraiment un choc ce qu’a dit Klopp chez nous. Keita, c’est le pilier, le garçon qui nous porte, nous galvanise, nous donne de la confiance, nous apporte de la sérénité. »

« Quand on connaît son envie de porter le maillot national, on ne s’inquiète pas » – Sega Diallo, producteur de télévision guinéen

La page Facebook de Football Factory a même été inondée de milliers de questions sur l’évolution de la santé de Keita tant il représente l’espoir des supporters. « Tout le monde était suspendu à ça, insiste Sega Diallo. Mais les déclarations du président de la fédé ont tempéré le côté négatif de Klopp, heureusement… » L’entraîneur allemand a compris qu’il ne garderait pas facilement Keita. Avant la finale de la Ligue des champions, il évoquait même les « progrès remarquables de son milieu ». S’il ne disait pas qu’il irait à la CAN, il ne disait pas qu’il n’irait pas. Tout était dans la nuance. Les Guinéens ont vécu cette évolution comme une victoire.

Liverpool, conscient de cette situation intenable, tenait d’abord à le remettre sur pied dans les meilleures conditions. Keita était donc resté se soigner at homejusqu’à l’annonce de la liste officielle, le 25 mai. Mais son état de forme interpelle évidemment à l’aube de cette CAN. « Quand on connaît son envie de porter le maillot national, on ne s’inquiète pas », prévient Sega Diallo. Un pays compte sur lui mais, sous des chaleurs suffocantes, comment son corps réagira-t-il aux premiers efforts ? Sans lui, la Guinée n’a pas gagné un seul de ses trois derniers matches. Il est donc attendu en héros par tout un peuple même si, ce samedi soir, il devrait se contenter de supporter ses partenaires.