Can 2019: Alfred Gomis, l’ange gardien de la tradition familiale

Doublure d’Edouard Mendy, Alfred Gomis vit un rêve éveillé à la CAN 2019 dont il jouera la finale ce vendredi dans la cage des Lions, après avoir brillamment suppléé le titulaire blessé et obligé de déclarer forfait pour le reste de la compétition. A presque 26 ans, le gardien de but de SPAL (élite italienne) a réussi à préserver ses cages lors des quatre matchs joués contre le Kenya (3-0), l’Ouganda (1-0), le Bénin (1-0) et la Tunisie (1-0 ap).

Sa prestation était tellement brillante lors de la demi-finale qu’il a été élu homme du match. Alfred Gomis venait de contribuer grandement à barrer la route de la finale à l’ancien sélectionneur national Alain Giresse, actuel patron technique de la Tunisie. Ce dernier avait offert en 2015 sa première CAN à son aîné, Lys, le premier des Gomis à porter le maillot national en 2014.

En arrêtant le penalty de Ferjani Sassi et en multipliant les arrêts, il a été élu ‘’homme du match’’. Et face à la presse, il a décliné son ambition de faire partie de ceux qui vont écrire l’histoire du football sénégalais en gagnant ce titre continental qui lui manque tant. Interpellé par l’APS avant sa sortie de la salle de conférence de presse du stade ‘’du 30 Juin’’, il a dit toute sa joie de pouvoir être décisif ‘’pour ses coéquipiers, sa famille mais aussi et surtout pour son père’’ décédé en 2016.

Ancien gardien de but, Charles Gomis qui avait quitté son Ziguinchor natal, 30 ans plus tôt, pour gagner sa vie en Italie en tant que gardien de but, avait été obligé de vivre son rêve par procuration à travers ses trois premiers garçons. De Lys Gomis âgé de 29 qui joue actuellement à Lecce (Italie) à Maurice, prêté à un club albanais, en passant par Alfred, il peut être fier de ses garçons qui ont bien tenu la baraque.

S’il n’a pas vu Alfred Gomis éclore en sélection et jouer deux phases finales de CAN en 2017 et celle de 2019 sans compter la coupe du monde 2018, le chef de la famille Gomis peut être fier. De voir ses enfants perpétrer la tradition familiale, lui qui ne savait pas qu’utiliser ses mains pour faire les goudrons sur les routes en Italie selon le quotidien français, le Monde.

Feu Charles Gomis était connu pour être celui qui a aidé à faciliter l’installation de plusieurs émigrés sénégalais dans la Botte italienne. Et à travers ses enfants, il a certainement montré à la diaspora sénégalaise établie dans le pays du ministre de l’intérieur de l’ultra droite italienne Mattéo Salvini que la Patrie peut avoir besoin d’elle.

Au lieu de devoir subir les sarcasmes de supporters italiens qui n’hésitent pas à s’en prendre aux joueurs d’origine africaine même quand ils portent le maillot de la Squaddra Azzura, ils peuvent trouver à force de travail dans les équipes nationales, cette possibilité de mettre la main à la pâte pour la construction du football national.

D’ailleurs, l’ancien international U20 italien Maurice Gomis, le cadet exilé en Albanie au cours de la saison 2018-2019 avant de se faire une place dans les clubs italiens, l’a appris à ses dépens. ‘’Aujourd’hui, j’ai [été la cible] de nombreux cris racistes lorsque je touchais le ballon. Ma question est : pourquoi ? Quelle est ma différence avec les autres ? Pourquoi devrais-je être touché par ça ?

L’ignorance n’a aucune limite’’, rapporte le Monde du 11 mai 2018 citant Maurice Gomis dans un tweet, alors joueur de Nocera en Série B italienne. Au Caire, Alfred Gomis qui avait aussi eu sa dose de cris racistes en Italie, est loin de tout cela et un titre ce vendredi contre l’Algérie pourrait ouvrir la voie au tout dernier de la famille David âgé de 12 ans, lui aussi gardien de but. SD/ASG