[BULLETIN DE SANTÉ] 1/2 – Causes, symptômes, traitement…

Psychotiques, névrotiques et dépressifs (de l’humeur) : les troubles mentaux sont essentiellement de trois ordres. Ils se distinguent par leurs causes, leurs manifestations et leurs modes de prise en charge. Radioscopie d’un mal pernicieux.

Début novembre 2018, le paisible quartier des Maristes polarise les attentions. Une dame vient de brûler vif son mari qui lui aurait annoncé avoir pris une deuxième épouse. La victime succombera à ses brûlures à l’hôpital et sa veuve, qui était enceinte au moment du drame, accouchera avant d’être envoyée en prison.

Moins de dix jours plus tard à Fissel Mbadane, département de Mbour, région de Thiès, un enseignant égorge son épouse enceinte de neuf mois. Le meurtrier présumé était, dit-on, dépressif.

Récemment, à Tamba, une jeune dame nommée Bineta Camara a été tuée, selon l’accusation, par un proche de son père, qui a tenté de la violer. L’auteur présumé du crime aurait avoué son geste. Il croupit en prison en attendant son procès.

À ces trois exemples, il faut ajouter les viols suivis de meurtre d’enfants, les suicides, les agressions mortelles…, toutes ces atrocités qui, selon la croyance populaire, ne faisaient pas partie des mœurs sénégalaises. Combien de fois a-t-on entendu, après que le sang a coulé, des exclamations comme « un Sénégalais est incapable de faire ça ! », « c’est sûrement un étranger qui a fait ça ! »… ? Il semble que les temps ont changé.

« Huit Sénégalais sur dix souffrent de troubles mentaux »

Président de l’Association sénégalaise pour le suivi et l’assistance aux malades mentaux (Assamm), Ansoumana Dione acquiesce : « Regardez ce qui se passe aujourd’hui à travers le pays, chaque jour que Dieu fait les Sénégalais s’entretuent. Les Sénégalais sont angoissés, ils sont stressés, le chômage est là, les accidents de la circulation, les catastrophes naturelles et le conflit casamançais. »

Conséquence de cette conjoncture difficile ? La montée des problèmes psychiatriques. « Huit Sénégalais sur dix sont confrontés à des problèmes de troubles mentaux, avance Dione. Ce ne sont pas seulement ceux qui sont dans les rues qui sont malades ou bien ceux-là qui sont dans les hôpitaux. Même au sein de l’administration sénégalaise, il y a beaucoup de personnalités qui en souffrent. »

Médecin psychiatre, Pr Papa Lamine Faye préfère parler de « trouble mental », plutôt que de « maladie mentale ». « Une maladie se définit par rapport à une étiopathogénie qui est précise, un facteur que l’on peut identifier alors que dans la psychiatrie les maladies sont généralement de causes multifactorielles », précise l’expert, qui distingue cependant les pathologies aiguës (qui durent moins de 6 mois) et celles chroniques (au-delà de 6 mois).

Maladie des 15-35 ans

Les troubles mentaux peuvent être liés à des facteurs psychologiques, génétiques ou socio-environnementaux, indique Pr Faye. Qui signale qu’une personne confrontée à un deuil difficile, une perte d’emploi, des difficultés conjugales, à la drogue ou à une incarcération peut en souffrir.

Quid de la folie ? « Généralement, nous évitons le terme ‘folie’ parce que c’est un terme qui est connoté négativement, rejette le psychiatre. Celui à qui ce terme est attribué ne reste pas avec la famille. Il se met à errer dans les rues et ne prend plus soin de lui. On dit que cette personne verse dans la folie. Nous parlons simplement de maladie et essayons de la catégoriser, de la mettre dans un registre précis qui permet de voir la bonne démarche sur le plan thérapeutique. »

Selon Pr Faye, les troubles mentaux touchent davantage les personnes âgées entre 15 et 35 ans. Et dans la catégorie des pathologies les plus graves, le médecin classe les troubles bipolaires, qui peuvent pousser le sujet à vouloir se donner la mort. « Le taux de suicide est extrêmement élevé par rapport à cette pathologie », renseigne l’expert.

Traitement relativement couteux

Pour soigner les troubles mentaux, deux voies sont possibles. Pr Faye : « Il y a des maladies comme les psychoses qui ont besoin de prescription médicamenteuse pour faire disparaître le délire, les hallucinations. Il y a des maladies qui ont besoin d’une psychothérapie, c’est-à-dire la personne a besoin d’être accompagnée parce que sa façon de percevoir la réalité est distordue, complètement erronée. On a tendance à avoir des interprétations négatives, à verser dans la paranoïa. Donc, la cible a besoin d’être écoutée, réorientée, être dans une relation thérapeutique assez solide afin de retrouver l’équilibre. »

Dans tous les cas, il faut casquer fort pour bénéficier d’un traitement de qualité. « Les antidépresseurs ne sont pas du tout pareil mais généralement celles qui sont plus efficaces et qui ont moins d’effets secondaires coutent plus de 10 000 francs Cfa, renseigne le médecin. Donc, pour une personne qui n’a pas beaucoup d’argent, qui vit un peu dans la précarité, cela peut être difficile surtout que ce sont des traitements qui peuvent durer sur plusieurs mois. »