Birame Khoudia Lo sur les résultats des législatives : « Les enjeux d’une franche cohabitation »

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Ousmane Sonko, la droiture qui dérange (Par Biram Khoudia Lo)


Le Sénégal traverse un moment décisif de son histoire. Pour la première fois, les possibilités d’une cohabitation à l’assemblée nationale se profilent à l’horizon. Le comportement de la population sénégalaise démontre sa maturité et une conscience citoyenne qui devrait servir d’exemple pour le continent. Les politiques semblent ne pas percevoir l’utilité d’un tel contexte.

Mais la société civile, les intellectuels, les leaders d’opinions doivent pouvoir expliquer au peuple les enjeux politiques, économiques et sociales situation pour pousser les décideurs à bien analyser le contexte afin de positiver les acquis et les utiliser pour une meilleure gestion du pays, une gestion inclusive permettant de privilégier l’intérêt supérieur sur toute autre considération.

Ce contexte témoigne de la vitalité de la démocratie qui peut permettre au Président de la République de poser, en collaboration avec l’opposition, les vrais problèmes pour éradiquer les goulots d’étranglement qui ralentissaient l’économie. Un gouvernement conduit par un premier ministre issu de l’opposition réduit les pouvoirs du Président de la République et le délivre ainsi des pressions exercées par certains lobby, certains tordus qui, pour leurs intérêts, l’obligeaient à signer des accords non bénéfiques pour le pays.

Beaucoup de contrats font l’objet d’une dénonciation de la part des acteurs de l’opposition depuis l’accession du Président Macky Sall au pouvoir. L’opposition aura la possibilité de vérifier les contrats pour amorcer un meilleur choix sans complaisance. Parfois, on se pose la question de savoir qui manipule qui et dans quel but. Nous savons que notre économie est extravertie et que les autorités ont les mains liées par rapport aux accords avec certaines firmes multinationales.

Même les relations entre certaines entreprises locales et les personnes qui incarnent nos institutions gouvernementales laissent échapper des impôts qui pouvaient donner un coup de main au redressement de l’économie. Les commissions excessives, les marchés publics de gré à gré, les surfacturations qui sucent notre budget comme des sangsues portant un coup fatal à notre économie diminueront et tendrons vers la disparition..

Avec le contrôle effectif et transparent du pouvoir législatif sur l’exécutif , il sera de plus en plus difficile de laisser passer les fraudes fiscales nuisibles à l’économie . Le choix de diversification de nos relations extérieures devra ainsi être discuté pour privilégier le meilleur.

Le pays globalement sera géré d’un commun accord. Les cinq clefs de l’antisystème que j’ai tout le temps évoquées pour une gouvernance sobre et vertueuses pourraient être mises en exergue: la transparence, la transversalité, l’instantanéité , la collaboration et la rapidité qui chassent les vieilles habitudes pour embrasser le nouveau monde auront la chance d’être testés. Nous donnerons ainsi au Président Macky Sall la possibilité d’appliquer sans contraintes majeure la rupture tant proclamée, voulue, mais presque impossible face aux aléas bloquants. Les facteurs bloquants de l’émergence auront la possibilité d’être anéantis par une volonté partagée de faire décoller notre économie.

Ce serait également un moment de test grandeur nature pour une opposition qui va participer à la gestion des affaires de la cité. Les ministres de l’opposition ne seront pas comme ceux que nous avions connus au temps du Président Abdou Diouf ou d’Abdoulaye Wade qui avaient les mains liées au point d’obéir à l’exécutif et au risque de prendre la porte dans le cas contraire. Nous aurons des ministres avec plus de possibilités d’action qui détermineront leur capacité et leur performances. Le peuple aura la possibilité de mieux juger.

Cette cohabitation permettra aux deux camps de travailler ensemble dans la collaboration et de déterminer ensemble la politique à adopter pour mieux appréhender l’atmosphère des pouvoirs de décisions. Le temps de la critique se transformera en temps d’action qui permettra de mieux savoir les contraintes d’une gouvernance dans nos pays. Cette cohabitation donnerait la chance au Président de la République de se réconcilier avec le peuple en acceptant sa volonté exprimée lors de ces échéances. Le refus d’une cohabitation en usant de subterfuges et de stratagèmes pour se maintenir au pouvoir et l’exercer de manière absolue

entraînerait une colère collective des masses populaires pouvant déboucher sur des heurts, des confrontations dont le pays n’aura pas besoin. Le Sénégal est notre bien commun; le préserver est un devoir citoyen pour chacun et pour tous. La souveraineté appartient au peuple, donc le respect de sa volonté est fondamental. Il nous a donné la possibilité d’expérimenter une situation jamais vécue auparavant. Puisque toutes les expériences vécues jusque là nous maintiennent toujours dans la précarité, tentons cette nouvelle pour voir car, comme disait l’autre , la voix du peuple, c’est la voix de Dieu. Le peuple vient ainsi de donner la chance au Président Macky Sall, d’avoir une sortie honorable qui hissera le Sénégal, notre patrie dans le concert des nations véritablement démocratiques.