Apprentis putschistes du Gabon : bienvenus dans l’amateurisme et …

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Lundi 7 janvier un commando sorti nulle part, armés d’inexpérience et d’amateurisme jusqu’aux dents, a fait irruption à la télévision publique gabonaise et a affirmé avoir pris le contrôle du pays. Dans la foulée, les mutins ont appelé le peuple gabonais à investir les rues. Stupéfiant ! Où a-t-on déjà vu que l’armée prenne le pouvoir par la force et dans le même temps demande aux populations de terminer le boulot pour un putsch réussi. C’est complètement absurde. Mais c’est bien ce qu’a fait le lieutenant Obiang et sa petite troupe d’aventuriers. Ce qui témoigne de l’inexpérience, l’immaturité et voire de l’amateurisme de ce commando.

Le commando dirigé par par le lieutenant Obiang, commandant-adjoint de la Garde républicaine (GR) chargée de la protection de la présidence, a offert une comédie d’une totale invraisemblance en ce début de semaine sur la télévision publique gabonaise. Un putsch ce n’est pas un jeu d’enfants, on ne teste pas pour savoir ce que cela peut donner. Ce doit être et ça a toujours été un plan mûrement réfléchi, savamment planifié et méthodiquement exécuté, avec la prise de contrôle concomitante de certains points névralgiques du pays comme le principal aéroport et des institutions de la République. Mais au lieu de cela, le lieutenant Ondo Obiang Kelly et sa bande se sont contentés de prendre le contrôle de la télévision publique et de faire une déclaration si évasive en prétendant qu’ils vont instaurer le «Conseil national de restauration»et appelant les populations à investir les rues.

En dehors des populations, dans son message, Kelly Ondo a appelé les hommes de rang et les sous-officiers à se procurer les armes des casernes, à boucler et prendre le contrôle des points stratégiques dans le pays. Cela s’appelle mettre charrue avant les bœufs ! On se retrouve-là au Gabon à un degré zéro de préparation et d’organisation.

Amateurisme quand, tu nous tiens !

Comment peut-on prétendre avoir pris le contrôle du pays en tant que putschistes alors que les principales personnalités du pays, incarnation des institutions de la République sont libres de leurs mouvements et que le principal aéroport continue de fonctionner normalement? Ailleurs quand de telles situations survenaient, le président de la République, le Premier ministre et autres membres du gouvernement sont arrêtés pour quelques temps. Y compris quelques hauts gardés de l’armée qui ne seraient pas favorables à ce coup. Mais manifestement Kelly Ondo Obiang, le chef des putschistes ignore de tout cela. Tout compte fait c’est en l’absence du président en convalescence au Maroc que le lieutenant a eu ses idées funestes.

D’ailleurs pour qu’une opération de cette nature aboutisse, il faut au moins que le commando soit bien fourni en hommes et avoir la logistique qu’il faut. Ce qui n’était pas le cas de Obiang et Cie. Parce qu’il s’agissait de quelques 5 à 7 soldats gringalets qui ont juste réussi à prendre le contrôle de la télévision publique plutôt que des institutions de la République.

«Un coup d’Etat ne s’organise pas avec 5 personnes. Il faut des moyens logistiques, moyens financiers, de la stratégie militaire derrière»,explique Amadou Ba, chercheur à l’Institut de prospectives et sécurité en Europe, qui relève l’amateurisme du commando . Pour le spécialiste de la sécurité invité de France24, cette tentative de coup d’Etat ne vient pas de l’extérieur comme certains peuvent le penser. Ce serait d’après lui, les hommes de tenues autour de la présidence qui «se battent entre eux». Non sans relever la curieuse invite du chef putschiste. «Un coup d’Etat, quand on le fait, on ne demande pas aux gens de sortir dans la rue, on prendra le contrôle l’aéroport, les camps militaires. On ne va pas à la télé comme ça et dire, on a pris le pouvoir. Cela témoigne de l’inexpérience de ce commando, mal formé», soutient le spécialiste en sécurité.

Un putsch au Gabon aujourd’hui, ce n’est pas donné

Opérer un coup d’Etat aujourd’hui ce n’est jamais facile dans certains pays. Pas surtout dans un pays comme le Gabon, enfant chouchou de Paris en Afrique francophone, pilier de la France-Afrique, où les intérêts et les secrets de Paris sont bien gardés par une bande copains et coquins : le vieux clan des Bongo. Même si ce putsch avait été suffisamment mieux préparé, la probabilité qu’il aboutît au reversement du régime d’Ali Bongo est ténu. La France se mêlerait illico presto pour sauver le régime, le système et par ricochet, sauver ses propres intérêts colossaux dans ce pays pétrolier. En tout cas les coup d’Etat qui ont réussi ces dernières années sur le continent notamment en Afrique de l’Ouest, montre combien ce commando s’est lancé dans une aventure incertaine. Il y aurait dû voir comment des anciens putschistes ont procédé.

Dadis Camara, Salou Djibo, capitaine Sanogo

Au demeurant, le lieutenant Kelly Ondo Obiang, joué et a perdu avec fracas. On retiendra tout de même qu’il a eu son quart d’heure de gloire. Mais a présent il croupit en prison après son arrestation avec six membres de son commando tandis que deux ont succombé à la réplique en quelques heures du Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN), un commando d’élite.

De toute évidence, cette aventure du lieutenant Kelly et de sa bande devrait faire sourire les capitaines Amadou Sanogo chef (Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE 12 mars – 12 avril 2012, Mali) et Dadis Camara, président Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) du 23 décembre 2008 au 15 janvier 2010 en Guinée, aux généraux Sallou Djibo, président du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie du 22 février 2010 au 7 avril 2011 au Niger, Amadou Toumani Touré président de (2002-2012 au Mali pour ne citer que ceux-là sur le continent.

Tous anciens putschistes qui ont exercé le pouvoir avant de le transmettre aux civils ou qu’on le leur arrache par force pour d’autre (cas de Dadis Camara). Et d’autre comme Amadou Toumani Touré qui ont troqué le treillis de général contre le costume présidentiel pour s’insérer dans un processus de pouvoir démocratique avant d’être déposé par la suite.

Il est heureux en tout cas que les autorités puissent reprendre le pays et que le pays garde sa stabilité. Parce que la RDC n’est pas loin. Elle vient de terminer une élection contestée. L’on ne sait pas ce que seront les prochaines semaines. Si dans ce contexte le Gabon plonge dans le pays c’est toute la région qui risque de s’embraser sachant que la Tchad et le Cameroun doivent faire face à Boko Haram, la Centrafrique encore fragile essaie tant bien que mal d’aller bien. L’histoire retiendra comme écrit le journal marocain La Tribune Afrique que le lieutenant Kelly et son commando ont réalisé le coup d’Etat le plus court au monde.

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