Affaire Jamal Khashoggi : Un rapport américain accable le prince héritier saoudien

Le prince héritier d’Arabie Saoudite avait validé l’exécution du journaliste Jamal Khashoggi, basé aux Etats-Unis, selon l’extrait d’un dossier secret rendu public par l’administration Biden vendredi.

Assassiné à l’intérieur de l’ambassade saoudienne à Istanbul

M. Khashoggi, un journaliste saoudien, était l’ancien rédacteur en chef du quotidien saoudien Al-Watan et chroniqueur au Washington Post. Il a été tué le 2 octobre 2018, peu après son entrée au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie. Selon sa fiancée qui l’accompagnait au consulat, il était allé renouveler son passeport. On ne le reverra plus jamais. Dans une plainte introduite en 2020, la fiancée, Hatice Cengiz, déclare au tribunal que des agents saoudiens ont « lié, drogué, torturé et assassiné » Jamal Khashoggi puis « démembré son corps ». Ne sachant pas ce qui se passait à l’intérieur du bâtiment, elle l’a attendu dehors pendant plus de 12 heures. Les restes de M. Khashoggi n’ont jamais été retrouvés ni rendus, précise-t-elle dans sa plainte.

Le Prince héritier “commanditaire” de l’assassinat

Le rapport avait été préparé beaucoup plus tôt mais l’administration Trump avait gelé sa publication. Il contient de nombreux détails sur l’assassinat du journaliste, qui avait 48 ans au moment de sa disparition. “Nous estimons que le prince héritier d’Arabie Saoudite, Muhammad bin Salman, a approuvé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi”, lit-on dans le rapport. Plus loin, on précise : “Depuis 2017, le prince héritier exerce un contrôle absolu des agences de sécurité et de renseignement du Royaume saoudien, ce qui rend très improbable que des fonctionnaires aient mené une opération de cette nature sans son autorisation”.

Selon le rapport américain, le journaliste était surveillé par le gouvernement saoudien, quoi que vivant à l’étranger. Un fait qui avait été confirmé par l’organisation à but non lucratif Freedom House, qui, début février, a identifié l’Arabie saoudite comme l’un des pays qui mènent des vastes « campagnes de répression transnationales », avec le Rwanda, la Chine, l’Iran, la Russie et la Turquie.

La réaction d’Erdogan

Quelques semaines après la mort de M. Khashoggi, le président turc Recep Tayyip Erdogan avait pointé du doigt le gouvernement saoudien lors d’un discours prononcé devant le parlement à Ankara. Il avait aussi demandé au gouvernement saoudien d’extrader vers la Turquie les personnes impliquées dans la mort du journaliste, argumentant que la Turquie avait le droit de les poursuivre en justice, le meurtre présumé ayant été commis sur son territoire.

Les Usa ne se sont pas encore prononcés

Malgré la publication du dossier, il n’est pas clair si les auteurs présumés et encore moins le prince seront sanctionnés par le gouvernement américain. La veille, le président Joe Biden a eu une conversation téléphonique avec le roi Salman d’Arabie saoudite. Aucune mention du dossier Khashoggi ne figure dans le compte-rendu officiel publié par la Maison Blanche. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), une association à but non lucratif qui défend la liberté de la presse, place l’Arabie saoudite parmi les pires endroits au monde pour exercer le métier de journaliste.