Accord Free Sénégal- Helios Towers : Une opération à mille questions

L’Artp a-t-il joué une rôle ou mise devant le fait accompli dans l’accord entre Free Sénégal et Helios Towers. Les travailleurs de Free, qui n’ont pas oublié les suites de l’externalisation des services de Tigo vers Ericsson, veulent être édifiés sur cette nouvelle opération.
L’acquisition de certaines infrastructures de Free Sénégal auprès de Helios Towers plc, une multinationale basée à Londres, ne passe pas du côté du Syndicat National des Travailleurs de SENTEL (SNTS) – Free Sénégal. Dans un communiqué signé par le secrétaire général du syndicat, Alioune Badara Seck, les travailleurs qui s’inquiètent de l’opération se posent plusieurs questions liées à la préservation de leur emploi et aux intérêts de l’Etat et du peuple sénégalais.
Les syndicalistes interpellent ainsi l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) ainsi que le ministère de tutelle sur cette opération d’un montant de 105 milliards F Cfa. D’après le communiqué, l’accord prévoit la cession de 1200 sites de l’opérateur pour une valeur de 116 milliards qui inclut des taxes et obligations sur le bail foncier à hauteur de 11 milliards FCFA. Sans compter la mise en place de 400 nouveaux sites en 5 ans pour une enveloppe de 45 milliards.
Face à cela, les travailleurs se demandent d’abord si cette opération est conforme au code des communications électroniques (article 50 et suivant). Ils veulent aussi savoir si l’Artp a encadré cette opération par un appel d’offres comme elle l’avait fait en 2016 et 2017 avec les opérateurs mobiles virtuels (Mvno) et les Fournisseurs d’accès à internet (Fai). Le syndicat rappelle que c’est le régulateur lui-même qui avait lancé les appels d’offres, conformément à la législation.
C’est pourquoi, ils veulent non seulement que le régulateur leur éclaire la lanterne, mais qu’il agisse surtout alors qu’il est temps. « La réaction de l’Etat suite à cette cession établira un précédent dont il sera très difficile de se départir. La responsabilité de l’autorité est donc engagée et nous avons bon espoir qu’elle l’assume pleinement», martèle Alioune Badara Seck.
Ce dernier pense que laisser le champ libre aux opérateurs de téléphonie serait non seulement synonyme de démission de l’Etat qui laisse les opérateurs définir les cahiers des charges, mais il peut surtout ouvrir la porte « à des spéculations sur le dos de l’Etat du Sénégal ».
Chat échaudé par l’externalisation de 2015-2016

En plus de ces questions, les travailleurs soutient avoir décelé des éléments intrigant dans cette affaire. « Lors de nos recherches, nous avons eu l’information selon laquelle l’un des actionnaires de Helios towers plc serait la société Millicom (la société mère de Tigo).   Millicom est la compagnie qui a cédé Tigo Sénégal en 2017 à Wari pour un montant avoisinant 80 milliards FCFA puis au consortium qui a mis en place Free Sénégal.  Aujourd’hui, on nous apprend que l’on cède uniquement les infrastructures de Free Sénégal à ….105 milliards FCFA », révèle le communiqué.
Ils interpellent ainsi l’Etat sur la nécessité de prendre en compte la souveraineté nationale dans ce secteur stratégique, surtout avec le déploiement prochain de la 5G qui nécessite une multiplication par 10 des sites actuels. « Moment ne peut donc être plus approprié pour l’Autorité de régulation d’accorder tous les acteurs du secteur des communications électroniques sur le cadre réglementaire et de jeter les bases d’un nouveau partenariat dans la mise en place et la gestion des infrastructures réseau au Sénégal ».
Outre, la question de souveraineté, il y a celle de la préservation des emplois. Les travailleurs se souviennent que Tigo avait externalisé certains services en 2015-2016. Une opération qui, selon eux, a abouti à une perte d’emploi pour une trentaine d’employés affectés à Ericsson, malgré tous les engagements de ce dernier à préserver les acquis. De ce fait, les travailleurs ne voudraient pas que cet accord soit encore une opération déguisée de « licenciement par procuration ».   
En sommes, le syndicat reconnait certes l’importance de l’arrivée des opérateurs d’infrastructures, mais il soutient que cela ne doit se faire ni au détriment des intérêts du Sénégal, encore moins au détriment des emplois.